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Écrit par A. Mok, T. Suel et L. Suel   
20-12-2001
Textes écrits entre 1999 et 2001 par A. Mok, T. Suel et L. Suel

« Quand je lève la tête pour avaler  une gorgée –
la photo de Neal et Jack –
52 je crois. C’est peut-être un peu tôt…
Jack est à droite  - un peu en avant – 
 il a l’air grand et massif – on voit son ombre comme si c’était son aura.
 Il sourit / grimace. »
Daniel Darc

 

Inde 5 - Pakistan 6. Qu'aurais-tu dis Allen ? Quelle vieille histoire serais-tu allé chercher ? Quel conte ? Par quelle pirouette de vieux juif new-yorkais bouddhiste homosexuel aurais-tu commenté ce score ?

Dans quel livre de sagesse l'inde a-t-elle appris à construire sa bombe ? Clinton, paraît-il, aurait permis de laisser échapper quelques secrets de fabrication en échange de fonds pour sa dernière campagne électorale (1996). Peut-être lui a-t-on enseigné les grands secrets du Kamasutra ? Paix à ton âme ô Allen, ton halo entoure maintenant toute chose ici bas. En attendant que les requins dépècent ton cadavre, vieux filou, agent littéraire, j'espère que tu as su protéger tes droits...

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Et toi oncle Bill ? Quelle est ta position radicale ? Parti le 3 août 1998, lendemain de mon mariage. J’étais à Gand lorsque j'ai vu ton visage sur la mire pixellisée d'un petit écran divisé en 18 parties. « Il se passe quelque chose... w s b, Patti Smith, David Bowie, Bryon Gysin à minuit trente sur l'écran mangeur d'âme.» Le lendemain, la couverture de Libération. Toi avec ton fusil prêt à tirer. Prenais tu la pose ? Etais-tu en train de peindre? A qui étaient destinées ces deux balles? Quel nouvel amant t'avait déçu ou quel policier t'avait empêché de t'envoyer ta came ? Merci ô William Seward Burroughs, je n'ai pas eu à tuer le père. Tu nous as libérés de l'emprise du mot en nous inoculant ton message. Maintenant chacun est libre en te lisant/découpant de devenir un nouvel exterminateur. Les loups sont déjà sur ton cadavre. Qu’ils te bouffent vieille carne...  ils en crèveront tous ! ...

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L’ailier attend le ballon,  il va bientôt le recevoir.  Il prend un peu d'élan, s'envole et le saisit. C’est le démarrage en trombe, ses jambes courtes et véloces lui permettent  une accélération fantastique sur les derniers yards.  Une feinte et  il passe : « touch-down ». Demain les journaux titreront sur l'envol du jeune Kerouac. Celui de Lowell fera  une couverture sur l'enfant prodige du pays. Demain une grande carrière de joueur de football s'offre à toi Jean Lebris de Kerouac. Jack Kerouac... Ce sont tes jambes et ton entraîneur qui vont te trahir, ta tête aussi... Comment courir avec en tête les pages de Céline, Proust, les vers de Withman. Depuis que tu as rencontré ce dandy/cultivé/camé, tu sens le danger.  Ils t'attirent bien davantage que cette balle oblongue.

 Il est temps de courir, mais plus en zigzag.  Il est temps d'aller d'Est en Ouest.  Il est temps d'embarquer...  il est temps de pratiquer l'art de la fugue...  Il y a une Amérique que tu soupçonnes. Là dans cette grosse pomme.  Une Amérique qui sue et qui vit et qui boit et qui se came et qui va au cinéma et aux concerts.  Il y a un souffle de vie... à saisir... à décrire... à écrire... Go !

 

 

 

« Jack Kerouac est mort. Dieu éprouve un profond chagrin »
 Claude Pélieu

 

Ti-Jean agenouillé dans l’église de Lowell, Massachussetts, tu pries la sainte vierge, tu pries pour ton frère Gérard qui est parti au ciel, doux cœur de Marie, soyez son salut ! Et à Paterson, New Jersey, on le voit, c’est Allen, châle de prière sur les épaules, on le voit qui récite le kaddish, la prière des morts pour sa maman, pour Naomi. A Mexico-City, William est un peu plus pâle que d’habitude, le sang sort d’un trou dans la tête de Joan. William considère le revolver posé sur la chaise. On entend arriver la voiture des flics mexicains. Dans le ciel des  Amériques, les prières se croisent au milieu du smog et des sueurs évaporées. Et  il y a aussi les murmures de Bob et les murmures de Neal et ceux de Jan, la fille de Jack et ceux de William, le fils de Bill, tous les mots murmurés des papas et des mamans, des petits frères et des petites sœurs, tous les mots conjurant le désespoir, tous les mots de l’amour du monde, tous les mots découpés dans l’amas des discours creux, tous les mots antidotes... Le hurlement d’Allen à San Francisco est ici et maintenant une vibration de l’air dans les cheveux des enfants et les vomissements spasmodiques de Jack dans les toilettes du cellar font trembler les feuilles des saules à des milliers de kilomètres et les déflagrations du flingue de William sont une caresse répétée sur la peau des adolescents éberlués. On les sent, on les entend et parfois on les voit, poètes morts et vifs, catholique zen alcoolique  illuminé juif enculé enculeur merveilleux behaviouriste camé pédé penseur laser dévide prose bop spontané démystificateur exterminateur du contrôle lyrique artisan de paix bienheureux amoureux vigoureux un trio embrassé s’embrassant embrasé sous les draps blancs et craquants de New-York. L’orchestre du bateau joue des airs de Charlie et des airs de Thelonius et l’amour suprême de John. L’orchestre du bateau est Charlie. L’orchestre est Thelonius et l’orchestre est John amour suprême. Au bar, Jack parle et boit, boit et parle. William dodeline de la tête, assis sur le siège des toilettes. Les machines ronronnent. Les cheveux de Peter caressent la queue d’Allen. Dans la tête, les autres machines crépitent, longs rouleaux sacrés des pensées dévidées sur le papier. Les dieux de l’Egypte s’agglutinent au plafond du lounge. Ils contemplent avec l’œil animal divin les écrivains au travail : coupé collé manuscrits de la mer morte codex Mayas rouleaux de la Thora apocalypse de Jean sur la route machine molle sandwiches de réalité apocalypse d’Allen révolution électronique visions de Cody nouvelles de la planète apocalypse de William docteur Sax festin nu coupé collé Christ Bouddha Horus.

 

 

 

 « Pédalant seul
 avec le vent
et le fleuve. »
Daniel Biga

 

Une certaine température et un certain vent.

Régulièrement, le bruit des gravillons sous les roues du vélo me rappelle que je peux déraper. J’imagine souvent l’onde de choc qui remonterait le long de la colonne vertébrale pour m’irradier définitivement le corps si  une voiture me percutait par l’arrière.

Allant d’un endroit à  un autre, à bicyclette, il y a seulement un doux bal cérébral, contrarié  par quelques agressions, comme des coups de klaxons, du gaz,  une incompréhension totale entre  deux satellites qui ne peuvent pas se croiser. Si la route est propice, pas trop grande surtout, les pesticides dans les champs et les pop-corn dans l’estomac des fermiers peuvent disparaître. Le vent est ressuscité, l’air se laisse pénétrer.

Pédaler est un geste qui ne s’arrête pas. Si je suis nourri,  il se nourrit lui-même. Mes jambes tournent et je peux tourner la tête dans presque tous les sens. Je ne prends aucun risque. Je suis seulement menacé. Je n’y peux rien. J’essaie de rester calme. Cette histoire de  vélo, c’est ma première étape, beaucoup plus modeste qu’un grand voyage à travers l’Amérique, mais je suis du coin et de l’époque. C’est de l’effort, une tentative d’endurance et parfois un début de détachement, des liens qui  réunissent le mouvement de l’outil, les réflexes intellectuels et physiques du voyageur, sur son vélo, entouré, stimulé, pas nécessairement eu, et tout ce qu’il connaît, a vu, verra (qu’il l’espère ou qu’il s’y attende). En tous les cas, ça le met à des années lumières des collants bariolés, des gourdes en plastique, des maillots de bain pour cyclistes.

Dans de telles circonstances, Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg, mais aussi, par exemple, Gary Snyder, traversent quelques années de  temps et quelques kilomètres d’espace pour venir exister dans l’esprit d’un jeune garçon qui veut lutter contre la perte de sens du déplacement. Ils ont acheté leur billet avant de mourir. Je les accepte sans grand problème, je les invite même.

Je peux penser à l’un ou à l’autre ou à deux ou trois, selon l’endroit, la ferme, le cimetière, le bruit d’un moteur ou la température.

En pensant à ces gens, en faisant un effort pour ne pas perdre de vue l’image de leur corps, de leur métabolisme, de la lenteur du temps, pour eux comme pour moi, je ressens parfois du plaisir, mais  ils ne dissipent pas le malaise. Simplement des bouffées de force.

Quelquefois, c’est un souffle presque insensible, pas directement relié à eux mais qui se nourrit de leur passage au monde, et  qui me fait penser aux soldats pris dans les guerres dans la plaine, autour de Laventie, de telle sorte que ce soit agréable.

Une autre fois, ce sera un souffle violent, nauséabond qui englue toutes les images et parfois mon propre corps, avec le scalpel du docteur Benway comme gigantesque miroir réfléchissant la lumière au-dessus de nos têtes.

 

On peut boire des bonnes bières dans  une taverne belge, on peut s’inquiéter à plusieurs, on peut regarder ses amis très durement, on peut se coucher, se lever, manger, essayer de s’asseoir par terre, mais pas sur le bord de la route. Voir les virus en action tout en sachant qu’il leur manque tout ce qu’un vrai virus a de rassurant, parler d’eux, à plusieurs, entre  personnes qui sont rares les unes aux autres, craindre ce déplacement de plus en plus rapide de tout ce qui entoure et fait, nécessairement, le monde, cracher, sourire, et malgré soi, froncer les sourcils.

Connaître ces trois écrivains aujourd’hui, c’est pour moi nécessairement un motif de satisfaction, la pierre de touche d’un possible début  de calme. Et aussi le code d’accès à  une banque d’échanges, joyeux, austères, amicaux. Comme avoir la possibilité d’aller chercher dans  une cave fraîche  une grande et belle-bonne bouteille de bière ou de s’offrir le plaisir de ne pas y aller.

Kerouac, Burroughs, c’est sûr. Ginsberg, c’est encore à voir mais je n’en prends pas le temps pour le moment...  Ils sont pour moi, par leur  force, la mienne, celle qui passe l’océan et plusieurs générations, une pièce essentielle  du moteur, qui reçoit et distribue de l’énergie, qui restera parmi les dernières, mais qui souffrira  beaucoup.

 

 

« Des éclairs, dans la nuit terroriste.
Dada rock’n’roll soldiers.
 Overdose d’écrir’ et d’scène pour décoller le regard des vitrines blindées du vide. »
F. J. Ossang

 

Vingt ans, vingt-cinq ans plus tard, je relis les lettres de Burroughs à Ginsberg, les Lettres du Yage. Quelle brutalité et quel amour ! Le regard est froid mais le stylo est brûlant. L’émotion d’entendre au mois d’octobre 1998,  une comédienne de la compagnie Hendrick Van der Zee lire  une des lettres de William, incluse dans le spectacle mis en scène par Guy Alloucherie sur le site du 11/19, à Loos-en-Gohelle un autre raccourci dans le temps, dans l’espace, mineurs se déshabillant, se rhabillant dans la salle des pendus,  une toux noire à venir, la télépathie du Yage.

Quelques semaines avant, Patti Smith en concert à Dranouter (Belgique). Elle entre en scène avec le Pocket poets serie publié chez City lights, le plus célèbre, Howl ! Et elle s’approche du micro et elle commence en déclamant le post-scriptum, post-scripthowl : holy holy holy, un hommage à Ginsberg, solo déchiré à la clarinette. J’avais les larmes aux yeux, la gorge serrée. Ils étaient là sur la scène avec elle : Arthur, Jack, Bill, Allen et aussi Jan, la fille de Jack, et William, le fils de William, et Neal et Richard...

Ils ne savent pas ce que nous faisons. 
Ils ne savent pas ce que nous faisons. 
Ils ne savent pas ce que nous faisons.

Dans  une librairie d’Hazebrouck, j’entends un bonimenteur interroger le public : « D’après vous, quel est le dernier grand poète disparu ? » Et je n’ai rien dit, j’ai laissé le bonimenteur subventionné déclarer que la poésie avait été tuée par les professeurs (est-ce que c’est vrai ?) Et que Jacques Prévert était le dernier grand poète avec un mégot à la bouche ! Quand je l’ai entendu ajouter que la différence entre le polar et la poésie, c’était que le polar existait avec le rock and roll et pas la poésie, alors, j’ai craqué ! Et ils sont sortis de ma gorge, les trois anges du nouvel ailleurs, ils sont sortis de ma gorge desserrée, Kerouac, Ginsberg et Burroughs ! Ils sont sortis de ma gorge avec Chandler, avec Hammett, avec Charlie Parker, avec Bob Dylan, Jimi Hendrix et Ken Kesey.

Assez de discours ! 
Assez de boniments ! 
Assez de subventions !

Dans le roman de Dashiell Hammett, La Moisson rouge, le héros, narrateur, est anonyme. J’ai devant les yeux  une photo prise par Ginsberg en 1945 (!) : William Burroughs et Jack Kerouac jouant à imiter les personnages de Dashiell Hammett. Cela fait déjà un petit groupe de huit personnes (Allen, William, Jack, Dashiell, Sam Spade, l’anonyme, vous et moi), de quoi construire  une longue histoire. On ne le fera pas, ça manque d’héroïne(s) !

Quand je relis la moisson rouge, et ça m’arrive très régulièrement, je me change le nom du continental op, à chaque chapitre ! Jusqu’à présent,  il ne s’est encore jamais appelé Jacques Breton ou André Prévert. La phrase précédente pourrait faire partie d’un koan mais voici une autre question (d’autres questions ?) Que le bonimenteur patenté aurait pu poser au public : « Pensez-vous que le béhaviorisme soit compatible avec la poésie ? Ou avec l’immortalité de l’âme ? Ou avec le grand véhicule ? Ou avec le petit vélo ? «

Moi, dans tous les cas, je pense que oui. 

 

 

« La prose sauvage de Kerouac était le vent de la vie. »
 Claude Pélieu

 

Dire ses mots à soi avec son rythme propre. Le souffle est la pensée. Les mots se forment dans la bouche Reprendre des situations connues et les utiliser. Routines de l’immédiateté et de l’urgence à faire entendre sa voix. Ecouter celle des autres. Projeter son monde intérieur parce qu’il est vérité. Reprendre la parole lorsqu’on nous la confisque. Inventer des slogans et détourner ceux des mass media publicistes et  putassiers prêts à tout vendre. Chercher tout partout et au-delà ce qui est encore simple, beau, gratuit …

La parole est gratuite, l’amitié est gratuite, la poésie est gratuite, la musique est gratuite c’est pour cela qu’il faut continuer à lire (en public), à la dire. J’ai mal à la langue tellement les mots se bousculent pour évoquer l’importance de ce que peut être pour moi la béate génération telle qu’elle fût appelée - toujours un mot pour regrouper les choses, les gens, surtout lorsqu’il s’agit de les vendre. je n’ai connu ce mot que bien tard, après avoir lu Sur la route, Les Clochards célestes, Les Anges vagabonds et puis junkie aussi et queer… Ensuite j’ai attendu un peu pour lire Le Festin nu ou Howl…

Avant tout le message que j’ai entendu était « Ouvre-toi aux autres, écoute et regarde le monde et peu à peu apprend à agir en fonction de tes sentiments profonds. noue des amitiés, respecte les façons de penser de concevoir ou de voir le monde, ne juge pas en fonction des critères que donne la bonne société mais considère chacun comme unique, avec ses raisons d’agir ou de partir… » Et cela parfois n’est pas simple… Parfois se noue le drame, la mort aux limites de cette vie de joie, d’alcool, de poésie et de folie… Naomie, Joan et Ti-Jean…

L’importance de ces écrivains pour moi c’est leur façon de lever le voile, d’appuyer par différents moyens là où ça fait mal, de montrer ce qu’on ne montrera pas ailleurs. En même temps leur force c’est de ne pas instituer cela en programme.  Ils restent avant tout des chercheurs, des manieurs, des artisans de la langue. ils reprennent possession complète et sans concession de leur territoire. Oui, l’Amérique est un rêve. là-bas tout est vraiment plus grand. Les immeubles (buildings), les montagnes, les plaines. Alors quand on a 17 ans et qu’on est pas sérieux on se laisse d’abord porter par le rêve… Véhiculé par l’image. Des jeunes gens beaux en chemises à carreaux qui fument avec l’air cool, qui boivent et conduisent des bagnoles à cent miles à l’heure…ivresse et vitesse.

L’Amérique chez moi est entrée par la grande porte. En même temps : Kerouac, Burroughs, Ginsberg, les Doors, la fureur de vivre, le velvet underground et les reportages de connaissances du monde sur le grand canyon. Les noirs, les flics, les buildings, les drogués, les pédés et les meilleurs esprits d’une génération…  « Tu es fait pour vivre dans  une autre époque » me disait alors un ami qui me voulait du bien… Finalement nous sommes partis en stop, départ de l’aire de la Sentinelle à Valenciennes pour aller via Paris direction Bayonne, Oléron ou la Bretagne…la fin de la terre et la fin du « rêve américain ».

Désolé, je m’étais trompé de voyage, un peu comme Kerouac ivre cherchant les traces de ses ancêtres… l’aventure serait plutôt à l’intérieur, nous n’avons que notre pensée à offrir comme carapace/rêve/chemin/arme… nous pouvons revenir vers un passé que l’on réinvente (Kerouac) tout en l’augmentant de visions/croyances (zen et bouddha), chérir un âge d’or ou reprendre des armes que l’on tente de nous confisquer (Burroughs/Ginsberg), aller à la marge et toujours chercher, notre seule défense est notre liberté d’imaginer, d’interroger et de créer nos propres visions différentes de celles qu’on veut nous imposer…

 

Lorsque je lis nombre d’auteurs européens c’est vraiment le souffle qui manque… Ici tout semble trop petit, l’horizon lorsqu’il y en a un nous écrase. Comme si l’héritage de nos grands et glorieux écrivains morts et enterrés pesait encore sur ceux qui voudraient reprendre la langue pour s’en servir autrement qu’en noircissant des pages ? « Assume tes contradictions et essaies de voir plus loin » me dit la voix que je m’efforce de ne pas perdre. Ceux qui voient loin font des voyages, quelques fois immobiles, quelques fois intérieurs, ils nous en ramènent des pépites. Perles que l’on peut regarder longtemps briller au soleil, qui éclairant leurs mille facettes nous apportent un peu de bonheur… Oui, un bon livre ce n’est pas seulement une histoire comme disait Céline… Et quand en plus il n’y a ni sang ni sueur…

Kerouac, Ginsberg, Burroughs sont partis à la conquête de leur territoire. Grâce à la langue (et la parole) qui est le plus merveilleux véhicule mais qu’il leur a fallu reconquérir. Grâce aux voitures rapides, aux trains fantômes et aux lignes de bus… Grâce à l’Herbe de Dieu et la petite fumée…

Lequel du fils de canadien français - catholique, du fils de poète juif - universitaire ou du jeune bourgeois - wasp, lequel fera le plus de chemin pour découvrir l’autre, pour tester l’autre, pour expérimenter l’autre, pour l’aimer ?

Ils ont eu l’impression que tout était possible et ils ont essayé de repousser les limites… jouant, soufflant le jazz jusqu’au confins de la nuit, lisant, hurlant des poèmes où découpant, détournant les messages pour lutter contre le virus. Ils ont expérimenté le langage comme un moyen de réinventer le monde qui ne prend plus le temps de réfléchir, de parler, de comprendre, de rêver.

K.G.B. est  une organisation supranationale de transformation des esprits et de la connaissance par la réappropriation de ce qui différencie l’humain de l’animal : le langage… Ensuite chacun trouve ce qu’il veut faire avec ce moyen neuf qui pourtant nous semble tellement commun…

 

To be continued…