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Les anges parlent : interview (1998) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Alias   
16-06-1998
Bienheureux sont les médias. A ces seuls élus un sort malin a réservé un communiqué de presse accompagnant le quatrième album du groupe. Un texte de Denis Flageuil dont je ne comprend toujours pas pourquoi il ne figure pas en entrée du livret. Un texte s'appelant Nous rentrerons tard.... Un titre dont je ne comprend toujours pas qu'il ne soit pas celui du disque. Décrivant le disque, le texte dit "si c'était une couleur ce serait le gris" et plus loin "si c'était une idée, la vie". Il ne reste plus qu'à chercher de quelle couleur est la vie. Réponse en fin d'interview.

 

Il y a environ un an, vous disiez avoir conscience que Casse-Pipe mettait la barre toujours plus haut. Est-ce que votre dernier album confirme cette impression ?

Louis-Pierre Guinard : A la première écoute de cet album, j'ai été surpris d'abord du son; parce que je trouvais qu'il y avait un gros changement dans le son du groupe. J'avais même un peu de mal quelquefois à me dire "c'est moi qui chante ?". C'est là que je me suis rendu compte que la barre elle était finalement de plus en plus haut. Mais ce qui est apporté de nouveau par ailleurs, je pense que Daniel Paboeuf en est grandement responsable.

Daniel Paboeuf : C'est ce que j'ai essayé d'apporter, ce travail sur le son, la production, qu'on assumé avec Philippe sur ce disque. C'est ce qui manquait jusque là, je trouve, cette dimension. Sur Café du Siècle  il y avait déjà un travail sur le son, mais qui passait beaucoup plus par l'accumulation d'arrangements.

 

C'est le premier disque sans aucune reprise, est-ce un accident ou une étape ?

L.P. : Ni l'un ni l'autre. Sur ce disque on avait ce qu'il fallait, il n'y avait pas besoin de reprises. On s'est plutôt attelés à faire de l'adaptation de poèmes, ce qui était une chose assez nouvelle pour nous. Parce qu'adapter des poèmes comme celui de Malek Haddad, c'est le transformer en chanson alors que ça n'avait pas du tout été prévu pour. C'était assez intéressant, je me rappelle le travail qu'on a fait au début avec Gil, puisque c'est lui qui avait trouvé la mélodie. On a trouvé un refrain pour cette chanson alors qu'il s'agissait juste d'un élément du poème : "Je marche, je traîne, j'ai ta lettre à relire. Je marche, je traîne, j'ai ma lettre à chanter." Comme dans "Litanies de Mon Triste Coeur", qui est un poème de Jules Laforgue, le gimnick qui revient n'apparaît pas comme ce qu'il y a de plus important dans le poème original.

D. : C'est beaucoup plus risqué comme travail, forcément. Il y a danger, c'est sûr !

 
Ne craignez vous pas que l'on fasse aux "Létales Morsures" le même procès qu'aux  Nuits Fauves, le film de Collard accusé de prôner la sexualité non protégée ?

L.P. : On ne le fera pas parce que les "Létales Morsures" n'auront certainement pas le succès qu'ont eu Les Nuits Fauves. C'est avec le succès que peut naître un procès. Une anecdote c'est que ce morceau s'appelle "Létales Morsures" alors que Sylvie Rouch l'avait appelé "Les Morsures de l'Aube", donc elle avait carrément pris le titre du livre de Tonino Benacquista. Au moment de faire le dépôt de cette chanson, il a fallu demander à l'intéressé le droit d'utiliser ce titre. On n'allait pas appeler ça "Les Nuits Fauves"... Tonino Benacquista nous a répondu "je suis ravi, enchanté, fier que vous ayez pensé à un titre de mes livres mais mon éditeur s'oppose totalement à ce que vous appeliez une chanson comme ça parce que mon livre va être l'objet d'un long métrage et donc d'une bande originale qui s'appellera aussi "Les Morsures de l'Aube" et sortira en CD". Ce qui fait qu'il a fallu trouver rapidement un autre titre. Et c'est Jean-Bernard Pouy, lors d'un festival de polars à Lamballe avec Sylvie Rouch où j'étais allé faire un tour, qui a dit "Appelez ça "Létales Morsures". Létales c'est un mot qui est très joli et très peu utilisé en français, ce sera très bien, et tant pis pour Benacquista, il ne sait pas ce qu'il perd" !

 

Le vieillissement et la fin sont des thèmes qui reviennent souvent dans l'album, est-ce que ce sont des choses que vous craignez particulièrement ou auxquelles vous pensez souvent ?

D. : Ce n'est pas forcément quelque chose que je crains mais oui, j'y pense souvent, comme tout être humain...

L.P. : Moi c'est quelque chose que je crains terriblement. Et qui m'obsède. Le vieillissement. Et dans "Singapour", il y a un début de phrase que j'ai du mal à chanter, même si c'est faire l'autruche, j'ai vraiment du mal à dire "maintenant que les fils d'argent de mes cheveux se perdent dans le miroir de tes yeux"... Je trouve ça trop dur à chanter, je le fais parce que le reste de la chanson n'a pas cette tonalité, mais dans les mots de Denis (Flageuil) c'est peut-être ces deux vers que j'ai le plus de mal à assumer !

 

Y a-t-il des groupes ou des gens dont vous réclameriez l'influence ?

D. : Déjà, de manière individuelle, il y en a énormément. Et ce nouveau disque est très très ouvert au niveau des influences. Moi ça m'a fait plaisir, connaissant chaque membre du groupe et sachant le mélange qu'il y a dans ce qu'on écoute tous, de retrouver tout ce brassage dans l'unicité de ce disque. Qui n'a pas de concept musical.

 

Quel est le disque ou la chanson que vous auriez aimé enregistrer ?

L.P. : Je dis ça aujourd'hui mais je pourrais dire autre chose demain. Ca n'a rien de définitif. Mais j'ai réécouté "Lili Marlène" de Marlène Dietrich, on l'a chantée au début de Casse-Pipe, je trouve que c'est une chanson vraiment symbolique, qui a rassemblé les soldats allemands et les soldats français, les civils allemands et les civils français, alors qu'elle n'a rien d'un hymne... c'était un symbole de résistance aussi...

D. : Moi, aujourd'hui, ce serait une chanson qu'il y a sur Berlin de Lou Reed : "The Kids".

 

Quels sont vos projets personnels parallèlement au groupe ?

D. : Je fais un groupe avec mon frère Christian, Il Monstro; on prépare notre deuxième album avec Michel Aumont à la clarinette, Vincent Guérin à la contrebasse et Pierre Thibault aux percussions. C'est un album qui sortira probablement à la rentrée. Je travaille aussi avec Philippe Onfray, l'accordéoniste, sur un spectacle, le cabaret Tournicote, avec des gens d'un peu partout, du monde entier, qui mêle music-hall, cirque, théâtre, musique. On travaille en équipe de cinquante ou soixante personnes, c'est génial. Et je suis impliqué aussi dans le nouvel album de Bertrand Betsch pour Lithium.

L.P. : Je travaille également sur des chansons pour un disque sous mon nom, ça permet d'occuper tout son temps, de ne jamais rester inactif, et puis une chanson ne doit jamais rester dans un placard. C'est une histoire avec principalement David Euverte à la composition et Boris Crépignort pour la réalisation. Il y aura des musiques de Christophe Menguy aussi. Ce sont des chansons plus intimes, plus personnelles, qu'avec Casse-Pipe. Au niveau des paroles il y aura des chansons d'Alain Serrano, un ami rennais, des chansons de Christian Caujolles ou co-écrites avec Caujolles, dont j'aime le regard journalistique.

 

D'après vous qu'est-il arrivé d'important en musique ces dernières années ?

L.P. : L'émergence d'une nouvelle scène de la chanson en France, petit à petit mais nettement. Qui ne passe pas forcément par les médias mais qui passe par des gens un peu obstinés à vouloir défendre des mots.

D. : La technologie, qui fait que la musique est produite différemment. Qu'enregistrer devient de moins en moins cher, qu'on peut faire de très bons disques dans sa cuisine.

Christophe  Menguy : Le net. Pour bon nombre d'échelons, de niveaux de distribution, de fabrication, le net représente une alternative. Et pour l'avenir c'est encourageant parce que ces technologies révolutionnent le monde de la musique. En même temps, l'apparition de la techno à Rennes, ça fait un peu peur parce que "rock is dead" quelque part. Sinon, un groupe et un album qui m'ont énormément plu c'est Essence Ordinaire de Zebda, avec plein de technologies et de samples à l'intérieur, et une très belle réussite.

 

Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde, ce serait quoi ?

C. : Une chose qui me paraît assez catastrophique c'est le système de l'argent. Vu le pli que ça a pris aujourd'hui, si l'on considère que la nouvelle église c'est le super marché et que très peu de gens sur la planète se distribuent les biens, que tout est placé en banque... Les gens de Renault se sont fait virés parce que ça coûte plus cher de les payer que de placer en banque la somme de leurs salaires.

D. : La guerre ! Si je pouvais appuyer sur un bouton... Allez hop plus de guerre !

L.P. : Tout.

 

 




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