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"L'écologie entre en contradiction avec 95% des choix de la droite" Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sylvain Marcelli   
14-02-2007
Le journaliste Claude-Marie Vadrot, grand spécialiste des questions écologiques, demande la suppression immédiate du ministère de l'Environnement. Est-il tombé sur la tête ?

 

Claude-Marie Vadrot souhaite en finir avec "la pénible agonie du ministère de l'Environnement" : ses locataires récents ont trop renoncé, trop cédé, trop accepté, pour être encore crédibles. "Le susdit ministère n'aura existé, depuis l'arrivée de sa dernière titulaire, que pour imposer cinq ours (au lieu des dix prévus) à des imbéciles malheureux", note le journaliste, désabusé, dans L'Horreur écologique (1). Quant au poste de "vice-premier ministre en charge du développement durable" imposé par Nicolas Hulot à dix candidats à l'élection présidentielle, c'est du "gadget", écrit l'auteur en colère.
L'Horreur écologique est un pamphlet, au style féroce et enlevé. Il tranche dans le vif. Mais, à la différence de beaucoup de livres à charge, il a du fond. C'est un livre parfaitement documenté qui propose une vision globale des problèmes dont souffre notre bonne vieille Terre. Certains chapitres renouvellent le débat, notamment sur la pertinence des "biocarburants", le sens de l'information "en temps réel" sur les pollutions ou l'origine de la grippe aviaire. Pas de doute, ce pavé dans la mare est une lecture utile. Et urgente. Entretien avec l'auteur.

 

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Réunion sur le climat à Paris, agitation autour de la candidature Hulot, grandes messes télévisées avec Yann Arthus Bertrand… Les politiques et les médias semblent se mobiliser autour de la question environnementale. S'agit-il d'un vernis écologique, vite lavable en machine (électorale), ou peut-on espérer une réelle évolution des consciences ?
La plupart des politiques et les médias ne se mobilisent pas sur l'environnement. Ils s'immobilisent sur le réchauffement du climat ! Parce que cela fait de la météo-spectacle et que les gens ont le sentiment qu'ils n'y peuvent pas grand-chose. Il y a peut-être, sur les problèmes de santé liés aux pollutions ou sur le climat-mauvais temps "y a plus de neige pour le ski", une évolution de la prise de conscience mais pas des consciences. Vous savez comment on appelle la neige artificielle désormais, que l'on soit skieur ou propriétaire de remonte-pentes ? "La neige de culture !" C'est-y pas joli ? Quant à Hulot, tout est bien qui finit bien, il est retourné à TF1 et à son rôle d'agitateur…

 

Ségolène Royal, conseillée par Bruno Rebelle, l'ancien directeur de Greenpeace France, vient de détailler ses mesures pour "l'excellence environnementale". Quel regard portez-vous sur ces annonces ?
J'ai parlé avec Ségolène Royal bien avant l'annonce de sa candidature. De ces trois conversations, j'ai retenu sa compétence sur ces sujets et ce qui m'a semblé être un intérêt authentique. De plus, Rebelle est un bon choix. Reste à se débarrasser du pauvre programme écologiste du PS… Pour l'instant, ces mesures sont ce que j'ai lu de plus complet, de plus cohérent dans le genre, si l'on met à part ce que dit José Bové.

 

En quoi le projet de José Bové est-il plus convaincant sur le sujet de l'environnement ?
Il affirme clairement que, sur l'écologie, il n'y a pas de compromis possible. Je comprends que Ségolène Royal représente un compromis, mais, pour le premier tour, je suis davantage passionné par José Bové.

 

Dans votre livre, vous manifestez un certain respect pour Serge Lepeltier, éphémère ministre de l'écologie du gouvernement Raffarin. L'écologie peut-elle être une valeur de droite ? Ou Serge Lepeltier est-il l'exception qui confirme la règle ?
Je ne crois pas du tout qu'une politique écologique soit accessible à la droite. C'est en contradiction avec 95% de ses choix. L'écologie est, par nature, opposée à l'ultralibéralisme, au marché pollueur. L'écologie, pour la droite, c'est la nostalgie, "c'était mieux avant". Cependant, comme avec Ségolène Royal, j'ai eu la chance de parler avec Lepeltier bien avant qu'il soit ministre. Lorsqu'il fréquentait assidûment le Forum social mondial de Porto Alegre, par exemple. Il était plus à l'aise dans ce milieu que François Hollande. J'ai souhaité ouvertement dans la presse, à la surprise de nombreux confrères, qu'il devienne ministre à la place de la calamiteuse Roselyne Bachelot. Il l'a été, il a été viré et a été privé de son siège de sénateur. Lepeltier est l'exception qui confirme et démontre la règle. Je lui ai souvent dit qu'il se trompait de parti…

 

Les dernières pages de votre pamphlet interrogent nos pratiques individuelles. La solution est-elle dans le changement de ces pratiques ? L'ampleur du problème actuel ne dépasse-t-il pas les bonnes volontés individuelles ?
Certes, cela ne suffira pas. Mais si je cesse d'acheter du jetable, si je refuse les carottes râpées ou les pommes de terre cuites pré-emballées, j'incite des industriels de la bouffe à renoncer à me proposer des produits hors de prix et coûteux en énergie. Si personne n'achète des cerises du Chili, cela peut aider aussi à dépenser moins de kérosène. Si, lorsque les prix sont comparables, je préfère l'achat au marché à la grande surface, je pèse sur les choix économiques. Cependant, cela ne suffira pas - il s'en faut de beaucoup. Il faut des législations contraignantes, des orientations claires de l'État.

 

Vous ne citez pas l'agriculture biologique ?
L'agriculture bio me convainc seulement si elle est accessible à tout le monde. C'est possible si le consommateur se rapproche du producteur. La preuve : sur les marchés de province ou dans les jardins de Cocagne (chantiers d'insertion qui utilisent le maraîchage biologique comme support d'insertion sociale), le bio n'est pas plus cher que les autres produits. Il ne faut pas profiter de la rareté du bio pour le renchérir.

 

Faut-il de nouvelles lois pour faire avancer la cause écologique ?
Les lois actuelles sont de plus en plus des lois de consensus. De l'affichage sans réalité. La récente loi sur l'eau n'a par exemple aucune force contraignante. Or, l'écologie, ce n'est pas "à vot'bon cœur, M'sieurs dames". Ce doit être une contrainte organisée. Pour les individus comme pour les industriels. Sans cela, on est dans le "parler pour ne rien faire". Le travail du prochain ministre de l'Environnement devrait être de reprendre tous les textes déjà votés et de les faire respecter : il y a du travail pour dix ans. Pas la peine de sortir des nouvelles lois.

 

Pourquoi dénoncez-vous le discours actuel sur les biocarburants ? Ne représentent-ils pas une alternative crédible au tout pétrole ?
D'abord parce qu'ils n'ont rien de "bio" : "bio", c'est un label déposé ! Ces carburants supposent des cultures intensives de betteraves, de colza ou de maïs utilisant des tonnes de pesticides, de fongicides et d'herbicides. De plus, pour produire un litre d'éthanol, il faut 1,7 litres d'eau plus 13 litres d'eaux usées. Ajoutons que le bilan énergétique de ces carburants est négatif : on dépense plus de fioul ou d'essence pour le produire qu'on ne crée ensuite d'essence végétale. Dépenser du pétrole pour fabrique de l'éthanol, quel intérêt ? La polémique fait rage sur ce sujet aux États-Unis. Mais pas en France : les carburants d'origine végétale sont un moyen d'enrichir les grandes exploitations agro-chimiques qui vont être progressivement privées d'aide par la transformation de la PAC (politique agricole commune). Enfin, comme alternative au tout pétrole, il y a le renoncement (organisé) au "tout voiture" en ville et au "tout camion" sur les routes.

 

Comment arbitrez-vous le débat entre "développement durable" et "décroissance" ? Ces deux concepts vous paraissent-ils fondés ?
Match nul. L'expression "développement durable" me donne des boutons, c'est un concept de communication que tout le monde accommode à sa sauce. D'ailleurs, ce n'est même pas la traduction exacte du terme anglais d'origine, sustainable development, qui aurait dû être traduit par "développement supportable". Donc le mot m'est insupportable, surtout quand il sert de cache-sexe à n'importe quoi et à des rapports sur papier glacé de grandes entreprises prédatrices de l'environnement. Lisez le dernier rapport "développement durable" de Total, vous passerez un bon moment : ce n'est que du vent, des grands discours sur du beau papier glacé, en contradiction totale avec leur politique de transport de l'énergie. Quant à la décroissance, j'ai des doutes, de sérieux doutes. Avons-nous le droit de proposer la décroissance aux pays d'Afrique ou d'Asie qui, légitimement, aspirent à rejoindre nos niveaux de vie, à avoir autant de bagnoles ou de frigos que nous ? D'autant plus que nous leur avons vendu notre modèle de société et nos usines "clés en main". Je préfère parler d'éco-développement ou tout simplement évoquer la protection de la nature, la préservation de l'environnement, les choix énergétiques, une autre agriculture, la diminution des produits chimiques. Au moins, c'est plus clair. Je ne voudrais pas que l'on noie l'écologie sous un vocabulaire fumeux et attrape-nigauds.

 

Image Envie de poursuivre le débat ? Rejoignez Claude-Marie Vadrot sur son blog : http://horreurecologique.blogspot.com/
Si seulement il pouvait avoir autant de visiteurs que le site de Loïc Le Meur, membre actif de l'équipe de Nicolas Sarkozy et, paraît-il, "bloggeur le plus influent de France"…

 

(1) L'Horreur écologique, Delachaux et Niestlé, 19 €.