L'Interdit

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- Qu'est-ce que l'interdit ?

- Ce mot me renvoie à une peine que j'avais subi lorsque j'avais 20 ans : interdit de séjour ! Je n'avais pas le droit d'aller dans certaines régions de France. On appelait cela "la trique" et cela faisait de moi "un triquard". Et puis, plus tard, j'ai remarqué qu'au bout d'un sens interdit il y a un panneau indiquant "sens unique"... alors j'ai bravé les interdits et tous les putois en sont restés pantois.

 

Alexandre Dumal, écrivain, lors d'une rencontre avec L'Interdit
 

Interdit of

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Présidentielle 2007, à droite toute Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Fabien Eloire   
03-05-2007
Lors de sa campagne, le parti socialiste a emprunté à la droite certains de ses thèmes... Et réciproquement.

 

Les frontières entre droite républicaine et gauche de gouvernement n'ont jamais parues aussi peu étanches. Un brouillage des frontières confirmé par le succès exceptionnel, au premier tour, de l'UDF, qui récolte les fruits de son discours consensuel "ni droite ni gauche". D'où cette situation ubuesque : les trois partis se donnent beaucoup de mal pour expliquer aux électeurs ce qui les distingue... tout en dialoguant en coulisses - l'UMP avec l'UDF et le PS avec l'UDF - sur ce qui les rapproche. Analyse des leçons du premier tour.

 

Image
Images du débat Royal-Bayrou, samedi 28 avril 2007

 

Le PS dérive vers la droite...

Daniel Cohn-Bendit (Verts) a plaidé, avant le premier tour, pour la formation d’une grande coalition sociale-démocrate entre le PS et l’UDF, à l’image de ce qui se fait en Allemagne. Après l’annonce des résultats du premier tour, les appels au rapprochement entre les deux partis ont continué : Michel Rocard et Bernard Kouchner ont été suivis par Ségolène Royal elle-même, prenant comme référence le Labour anglais ou le Parti démocrate américain. L’alliance, si elle avait lieu, ne serait pas seulement de circonstance, mais constituerait l’achèvement de la "droitisation" du PS. Car il est évident que l'UDF n'est pas en cours de "gauchisation"... Un proverbe politique ne dit-il pas : "Ni de droite, ni de gauche, donc de droite" ?

 

... Et la gauche contestataire s'effondre.

Outre un taux de participation exceptionnel, le scrutin du 22 avril 2007 a été marqué par un engouement particulièrement significatif pour les principaux partis de gouvernement, qui ont atteint des scores de premier tour très élevés. Ce qui a provoqué, du même coup, l’effondrement des "petits partis" porteurs de voix discordantes. Première victime : le PCF (1,9 %), largement distancé par la LCR (4,3 %). Ce vote traduit-il une adhésion pour l’économie de marché telle qu’elle s’organise actuellement ? Ce n’est pourtant pas ce qu’avait exprimé, le 29 mai 2005, le "non" au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Le vote massif pour Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou n'est-il pas plutôt un vote d’adhésion, ou plutôt un vote contraint, "utile", tactique, d’un électorat, abreuvé de sondages (aux capacités auto-réalisatrices plutôt que réellement prédictrices) et choqué par l’épisode du 21 avril 2002 ?

 

Deux finalistes d'accord sur le fond.

Sarkozy président. Royal présidente. Quoi qu'il arrive, la Bourse ne plongera pas, comme cela avait été le cas lors de l’élection de François Mitterrand en 1981. Le MEDEF a d'ailleurs annoncé qu’il ne prendrait position ni pour l’un ni pour l’autre, puisque tous deux sont en faveur de l’économie de marché. C'est là l'aboutissement d'un long processus. Depuis vingt-cinq ans, les gouvernements français, de droite et de gauche, ont amené l’État à renoncer à ses instruments d’intervention sur l’économie, en les confiant à des institutions supranationales (Union européenne, Banque centrale européenne, Organisation mondiale du commerce) ou à des autorités administratives indépendantes (Commission de régulation énergétique, par exemple), partageant les thèses néolibérales sur le "retrait" de l’Etat, l’efficacité de la "concurrence libre et non faussée", le "problème" de la dette publique, la nécessité de réduction des "coûts" des acquis sociaux, ou l’exigence de "flexibilité" du droit du travail.
Les deux candidats veulent accompagner le capitalisme par une politique économique et sociale dont le seul objectif est l’"adaptation aux contraintes" que génère l’économie mondialisée et financiarisée. En réalité, seul le degré d’application de ces "réformes" d’inspiration anglo-saxonne différencie les programmes économiques du PS et de l’UMP. A propos du rôle de l’Etat, de la vie politique et économique, les deux finalistes parlent de "modernisation". Ne serait-il pas plus exact de parler de "normalisation" ? Pour tous deux, l’Etat libéral doit éviter l’interventionnisme et laisser jouer les mécanismes "naturels" du marché. Il doit devenir ce que Michel Foucault appelle l’"Etat frugal". Le MEDEF est un ardent promoteur de cette approche qui dépossède les politiques, donc les citoyens, de leurs capacités d’action, et même de jugement, sur l’économie (1).

Patronat et actionnaires semblent aujourd'hui en mesure d’imposer, à l’ensemble de la société civile et du monde politique, leur conception particulière de l’économie, au détriment de l'intérêt général. Et de la présenter comme un horizon indépassable… aussi longtemps qu’un véritable rapport de force, à gauche, ne s'instaure pas de nouveau.


(1) A propos des "parachutes dorés" des PDG, par exemple, la patronne des patrons, Laurence Parisot, estime : "Personne d’autre que le conseil d’administration ou l’assemblée générale [d’une entreprise] n’est capable d’évaluer si une indemnité de départ est décente et légitime au regard du travail accompli . Personne ! Ni moi, ni les candidats [à l’élection présidentielle] ! Quant à légiférer ou interdire, ce serait catastrophique pour l’attractivité de la France ou sa capacité à conserver ses grands talents" (Les Echos, 16 avril 2007).

 

Abandon de la lutte (des classes)

 

La conversion du PS à l’économie de marché et au capitalisme dans les années 80 s'est traduite par une redéfinition en profondeur de l’analyse de la société et des rapports de forces qui la fondent. La chute du communisme a accentué le phénomène et conduit à la disparition du thème, classique du marxisme, de "la lutte des classes". On parle désormais volontiers de "la fin de la classe ouvrière", en prédisant l’avènement d’une société "post-moderne" où les frontières de classe seront si poreuses qu’elles s’aboliront… Ce ne sont évidemment pas là ce que révèlent les travaux sociologiques sur la mobilité sociale, les relations de travail et la condition salariée. Et évidemment, rapportée à l’échelle de la mondialisation, ce type d’analyse n’est pas crédible une seconde. Les classes n’ont pas disparu : c’est la conscience de classe qui n’existe plus, n'étant plus relayé par les grands partis ou les grandes organisations syndicales. Le citoyen se définit désormais plutôt comme un consommateur que comme un travailleur ou un salarié. Son pouvoir d’achat passe avant son pouvoir de négociation et de revendication. Le marketing avant l'idéologie… Cela vaut aussi en matière d’offre politique.