L'Interdit
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Les petits interdits de la vie de tous les jours sont faits pour être transgressés. Il y a aussi des interdits révoltants qu’il faut supprimer. Je ne comprends pas pourquoi quand on est né à un endroit, on n’a pas le droit d’en habiter un autre. [...] En revanche, il y a de grands interdits qui sont des limites fondamentales, qui empêchent l’homme de basculer dans l’animalité. La guerre, la torture, l’esclavagisme devraient être des interdits, comme tout ce qui entame l’intégrité d’une personne humaine. La nature, les animaux, la terre dont nous sommes issus doivent être également respectés. |
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| L'imaginaire sarkozyste passé à l'acide |
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| Écrit par Sylvain Marcelli | |
| 21-03-2008 | |
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Pourquoi aimons-nous tant détester Nicolas Sarkozy ? Comment expliquer la fascination qu'exerce cet homme sur les médias et l'opinion - qu'il s'expose outrageusement ou qu'il se retire, défait, sur son Olympe ? "Rêves de droite", le nouveau livre de Mona Chollet, animatrice du site Périphéries , journaliste au Monde Diplo et amie de L'Interdit, répond à ces questions franchement angoissantes en attaquant à l'acide "l'imaginaire sarkozyste". Qu'on ne s'y trompe pas. "Rêves de droite" n'est pas un livre consacré à Nicolas Sarkozy. Car l'homme finalement importe peu. L'important, c'est ce que son personnage raconte, par sa façon d'être au monde mais aussi de dire le monde, de notre société et de ses représentations. En effet, le Président concentre en une synthèse saisissante les principaux mythes de notre époque : il incarne la réussite du "self made man", entrepreneur de lui-même, à qui l'ambition ne fait pas peur (puisqu'il y pense même le matin en se rasant), à qui aussi la société a laissé la liberté de vivre sa "success story", en lui garantissant la fameuse "égalité des chances". Évidemment, la mise en scène de cette "aventure humaine" vaut aussi pour ses ministres les plus en vue. Son plus beau coup médiatique aura été l'entrée au gouvernement de Rachida Dati et Rama Yade. Mais ce n'est peut-être qu'un jeu de dupes : Mona Chollet montre que ces figures n'ont d'autre fonction que de rester exceptionnelles. Ces "Sarcosettes" sont là pour montrer qu'il est possible de sortir du ruisseau – à condition de le vouloir. Pour le dire autrement, ceux qui ne s'en sortent pas n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Voilà comment s'opère ce que Mona Chollet appelle fort justement "la liquidation des déterminations sociales".
"Une manipulation à grande échelle des imaginaires" Nicolas Sarkozy n'est donc pas une anomalie (… on aurait aimé le penser !) mais le produit de l'idéologie libérale qui fait tourner les sociétés occidentales. C'est le petit frère de Reagan et de Berlusconi. Non, Nicolas Sarkozy ne s'est pas moqué de nous lorsqu'il a échangé, à peine élu, sa promesse d'une réflexion dans un monastère sur la manière d'"habiter" la fonction avec la réalité plus heureuse d'une croisière sur un yacht de milliardaire. Il n'a fait que réaliser le "rêve de droite" qui agite nos nuits. Car pourquoi se faire chier à faire vœu de chasteté et de silence alors qu'on peut parader à moitié à poil devant des dizaines de paparrazis en ayant le sentiment jubilatoire d'emmerder le monde entier ? Honnêtement, à sa place, qu'auriez-vous choisi ? "La victoire de Nicolas Sarkozy en France résulte d’une manipulation à grande échelle des imaginaires", soutient Mona Chollet. "Elle a été préparée par vingt ans de TF1 et de M6, de presse people, de jeux télévisés, de Star Ac et de superproductions hollywoodiennes. Pour pouvoir ricaner en toute tranquillité des beaufs qui ont voté Sarkozy, il faudrait d’ailleurs pouvoir prétendre avoir échappé complètement à l’influence de cette culture — ce qui ne doit pas être le cas de beaucoup de monde."
"L'univers mental de la gauche est anémié" On ne peut qu'applaudir la manière dont Mona Chollet détruit méthodiquement les fondements du discours sarkozyste. Je recommande chaleureusement les pages consacrées au discours de Christine Lagarde, ci-devant ministre de l'Economie, lors de la présentation du projet de loi "en faveur de l’emploi, du travail et du pouvoir d’achat". Tous ceux qui, comme moi, ont été révulsés par ces propos exaltant le "travail", cette "chose naturelle, essentielle à l’homme", répéteront comme un mantra les pages du livre qui les démantèlent. Mais la partie la plus intéressante et la plus stimulante du livre de Mona Chollet est consacrée à l'urgente reconstruction d'une alternative à gauche. Le constat est sévère : "C’est tout l’univers mental de la gauche, idées, rêves, langage, images, qui est aujourd’hui anémié (...). Résultat : au moment où ceux qui manipulent les affects des classes moyennes et populaires pour les amener à penser, à rêver et à voter contre elles-mêmes atteignent un niveau de virtuosité et de sophistication inégalé, ceux qui les défendent restent impuissants à se faire entendre d’elles." D'où cet appel salutaire : "De l'air !" Oui, il est temps que la gauche se réinvente un imaginaire, en prenant au sérieux le besoin d'épanouissement des hommes et des femmes, sans le considérer comme incompatible avec le rêve d'une société meilleure et plus juste. Mona Chollet ouvre, dans les derniers chapitres, quelques pistes passionnantes. Mais sans doute contrainte par le format et le ton polémique du livre, la journaliste semble parfois s'arrêter en chemin. Le lecteur attendra donc avec impatience le tome 2 qui devrait s'intituler "Rêves de gauche". Ou relira "La Tyrannie de la réalité" (Folio), son précédent livre, qui déroule les mêmes sujets, en s'appuyant sur un fonds théorique plus ambitieux. La lecture des textes de Mona donne toujours une salutaire bouffée d'air frais.
"Rêves de droite – Défaire l’imaginaire sarkozyste" (Editions Zones/La Découverte).
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