L'Interdit
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- Qu'est-ce que l'interdit ?- Je parle de l'auto-interdiction. C'est une notion qui n'existe pas vraiment, je crois. Je pense qu'on ne doit pas s'interdire de choses, par contre il y en a qu'on peut ne pas faire parce qu'on sait qu'elles ne nous procurent pas de plaisir. Mais c'est des fois dur à savoir... |
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| Une journée sans tabac, une autre sans Sarkozy ? |
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| Écrit par Sylvain Marcelli | |
| 13-09-2007 | |
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Après la journée sans tabac ou la journée sans pub, le Rassemblement pour la démocratie à la télévision (RDT), une association fondée au lendemain de l'élection présidentielle, appelle, le 30 novembre 2007, à une "Journée nationale sans Sarkozy dans les médias".
Sarkozy à Bercy le 29/04/07, photo signée Fr@nçois sur Flickr
"Pas une image, pas un son, pas une ligne sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy ne doivent sortir, ce jour-là, des rédactions !" demande cette association un brin taquine. Au fait, pourquoi cette date ? Le 30 novembre 2006, Nicolas Sarkozy annonçait officiellement sa candidature à l’élection présidentielle. Entretien avec Pierre Bitoun, président de cette association qui compte une centaine d'adhérents. L'occasion de décrire d'autres actions possibles…
Quels sont les objectifs de votre association ? Nous menons une réflexion sur le fonctionnement du système démocratique et sur l'absence de pluralisme dans les médias. Plutôt que de se contenter de critiquer et de dénoncer, il faut se rassembler pour transformer le paysage médiatique. Pour cela, nous proposons deux actions emblématiques. Premièrement, l'interdiction de réaliser tout sondage dans les trois mois précédant une élection : nous pensons qu'un minimum d'opacité permettra de récupérer une liberté de conscience et de choix. Aujourd'hui, les sondages permettent de fabriquer les gagnants et de les propulser grâce à la machine médiatique. Deuxièmement, nous appelons à la démocratisation des journaux télévisés (JT) de TF1 et de France 2 suivant une formule participative. Une semaine, le JT pourrait être présenté, comme à l'heure actuelle, par un journaliste star… car nous ne pratiquons pas l'exclusion. La semaine suivante, il pourrait être confié à un journaliste venu d'un autre média ou représentant un courant de pensée différent. La semaine d'après, un citoyen prendrait les commandes, avec un cahier des charges et une équipe de journalistes.
Croyez-vous ces propositions réalistes ? C'est aux heures de grande écoute que l'on fabrique l'opinion publique. Il n'y a aucune raison que l'information soit monopolisée par Bouygues ou par l'État. Ces propositions ont une dimension utopique, mais sans doute pas autant qu'on pourrait le croire : il y a dans les couches moyennes des journalistes, comme chez les citoyens, des tas d'expertises et de compétences qui peuvent être amenées à prendre à la parole.
Qui choisirait les personnes susceptibles de présenter les journaux télévisés ? Il faudrait imaginer un comité indépendant, un CSA (conseil supérieur de l'audiovisuel) réellement démocratique. Les règles précises restent à discuter. Le système de rotation imposerait, de fait, une grande diversité. Nous sommes certains que cette ouverture permettra de voir d'autres invités et d'autres sujets à l'écran.
Ces deux propositions sont beaucoup moins relayées par la presse que votre appel à organiser une journée sans Sarkozy… C'est vrai que cet appel marche très bien ! C'est d'ailleurs assez étonnant car il a été lancé sans aucun communiqué de presse : nous avons seulement envoyé des mails à des syndicats, des associations, des citoyens, des internautes… Très vite, le texte a été repris hors de la sphère d'internet. Cela prouve un sentiment d'exaspération de l'opinion publique, mais aussi dans les couches moyennes du journalisme, face à l'omniprésence du président de la République. Il faut contrer le matraquage actuel. Trop c'est trop !
Et si Nicolas Sarkozy faisait une annonce décisive ce jour-là ? Si la France part en guerre, il faudra en parler. Mais sinon, je suis persuadé qu'on peut reporter ses déclarations, même importantes, de 24 heures. On y survivra !
Et les autres jours, comment faire pour éviter l'impression de surmédiatisation ? Nous réclamons un peu de modération. Nous avons, dans le comité fondateur de l'association, un journaliste de l'AFP (Agence France Presse) : selon lui près de 12 000 dépêches ont été publiées sur Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l'Elysée ! C'est bien plus que pour tous les autres présidents auparavant. Les journalistes doivent trouver une autre façon, plus modeste, de traiter l'actualité du chef de l'Etat. Car, à force de ne parler que de lui, d'autres informations passent à la trappe…
Contact : Rassemblement pour la démocratie à la télévision (RDT), 28, rue d’Entraigues 37000 Tours. Tél. : 02 47 39 58 30 (de 14h à 18h) ou 06 71 08 96 45. Courriel : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
De l'utile et de l'accessoire
Promesse tenue ! Mai 2007 : "On va vous donner de l'image" promettent les nouveaux "spin doctors" de l'Elysée aux médias déjà ravis. Et effectivement, d'un jogging à l'autre, plus un jour ne passe sans que l'on puisse admirer les pectoraux et les cuisses (mais pas les bourrelets) du petit grand homme à la télévision. L'hyperactif président fait tout pour se faire remarquer. Sans complexe… "Qu'est-ce qu'on attend de moi ?" lance-t-il. "Que je reste à l'Elysée sur ma chaise à attendre le chaland toute la semaine avec la poussière qui tombe sur la pile de dossiers ?" (cité par Libération, le 07/09/2007). La lecture de son emploi du temps donne le tournis. C'est un zapping permanent : les rendez-vous se succèdent à une cadence infernale, passant du coq à l'âne. Par exemple, le 20 août : "14h00, entretien avec la famille du petit Enis ; 14h30, réunion sur l'immigration ; 15h30, réunion sur les mesures de sûreté contre les criminels dangereux". Sarkozy semble même doté du don d'ubiquité, ne lésinant par sur les kilomètres : il parvient ainsi, mardi 11 septembre, à se déplacer le matin à Rennes (au salon de l'agriculture) et à Strasbourg l'après-midi (obsèques d'un policier). Le citoyen peut d'ailleurs se demander ce qu'apprend le Président dans ces réunions menées au pas de charge… Comment traiter de sujets aussi graves en si peu de temps ?
De Mandela au rugby, il est partout ! Mais cette diversité de sujets est du pain béni pour la presse. Elle veut de l'international ? En voilà : Sarkozy accueille Nelson Mandela à Orly (03/09). De la proximité ? Il se déplace pour la rentrée des classes dans un collège à Blois (04/09) – quitte à faire de l'ombre à son Premier ministre, lui aussi de sortie. Du bon sentiment avec un zeste de people ? Il reçoit Sandrine Bonnaire pour parler de son engagement sur l'autisme (05/09). Du sport ? Il est aux premières loges au Stade de France pour le match de rugby France-Argentine (07/09). De l'international encore ? Allez donc voir le sommet franco-allemand, ça va dépoter (10/09). C'est une ronde infernale. Branché sur le 3 000 Volts (lorsqu'il se rase), Sarkozy relègue Chirac l'immobile aux oubliettes. Incontestablement, le leader maximo prend des positions qui détonnent. Ainsi, lundi 10 septembre, demande-t-il aux Allemands de revenir sur leur choix de fermer leurs centrales nucléaires (ça promet pour le "Grenelle de l'environnement" !) Comment ne pas en parler, alors que cette prise de position crée la polémique Outre-Rhin ? Mardi 11 septembre, dans un même mouvement, il prononce un discours sur la politique agricole commune, s'exprime sur les régimes spéciaux de retraite et brandit la menace d'un veto à l'OMC. Difficile de passer sous silence ces prises de parole, lourdes de conséquences… Mais toutes ses déclarations valent-elles l'attention ? Ce qui frappe, à défaut d'étonner, c'est l'incapacité des médias à faire le tri entre l'utile et l'accessoire… Pourquoi être aussi complaisants lorsque Nicolas Sarkozy use et abuse du registre compassionnel ? Car le président squatte les pages "faits-divers" et "société". Ainsi, en août, il s'entretient avec la famille du petit Enis (20/08), assiste aux obsèques d'un marin pêcheur (22/08), puis reçoit la femme de ce dernier (30/08). Événements largement médiatisés… Mais qui disent quoi ? qui nous apprennent quoi ? qui démontrent quoi ? Ben… Euh… Et en septembre, s'il rencontre Sandrine Bonnaire, c'est pour "la remercier d'avoir mis son talent d'artiste au service de la cause de l'autisme qui concerne 80 000 familles en France." Cela fait une belle image, du pathos. Mais ne dit rien sur le sort des personnes autistes et sur les mesures que devrait prendre le gouvernement. Oui, mais "ça fait vendre, coco" !
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