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| Pour le retour d’une véritable gauche critique |
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| Écrit par Fabien Eloire | |
| 08-09-2007 | |
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La gauche de la gauche a beau être politiquement défaite, stigmatisée, rejetée vers l’extrême, elle ne risque pas de disparaître. Elle est l’autre face du capitalisme.
Sur un mur, à Poitiers, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen. Photo de banlon1964 trouvée sur Flickr
Si la dernière élection présidentielle a eu un mérite, c’est celui de poser clairement la question suivante : la France a-t-elle encore besoin d’une gauche critique ? Une gauche qui lutte, qui s’oppose au capitalisme et à ses effets destructeurs. Une gauche qui dénonce, qui ne se résigne pas à une opposition de façade, ou pire, complice. Une gauche qui refuse, qui n’accepte pas la croissance des inégalités économiques et sociales au sein d’un pays aussi riche que le nôtre, une société d’abondance où capitalistes et rentiers n’ont jamais été aussi prospères. Non. La France n’a plus besoin de cette gauche-là, nous dit la droite, car elle est archaïque, recroquevillée sur le passé, les luttes de classes. Quand cette droite se déclare moderne, qu’elle prône désormais « l’ouverture » ou la fin du clivage « droite-gauche », elle ne fait que jouer son rôle. Mais quand cette opinion est partagée par une partie (non négligeable) du Parti socialiste, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn ou Bernard Kouchner en tête, cela devient plus problématique. Tous ont explicitement plaidé pour la mise en place, en France, d’une social-démocratie à l’Allemande (qui, en fait, existe déjà !). Résolus à considérer le capitalisme comme l’horizon indépassable de nos sociétés occidentales, voire de l’humanité, ils se proposent de « faire avec » et de l’« aménager au mieux ».
Un retour nécessaire aux fondamentaux Ils évacuent, selon nous, un peu trop rapidement une caractéristique majeure et fondamentale de ce régime économique : le fait qu’il se nourrit, littéralement, des inégalités, des injustices et des failles de la démocratie... Le système capitaliste ne peut pas ne pas provoquer de résistances, d’objections, de critiques, de conflits, de luttes. De ces mouvements, émergera toujours une « gauche de gauche » (lire Didier Eribon « d’une révolution conservatrice, et de ses effets sur la gauche française », Edition Leo Scheer, 2007) foisonnante, désordonnée, plurielle, mais vivace et pugnace, qui alimentera perpétuellement l’existence, au sein de la société, de formes, sans cesse renouvelées, de rapports de forces entre groupes sociaux ou classes sociales. Social-démocratie ou pas, il faudra bien faire avec la gauche critique, qui est, en quelque sorte, l’autre face du capitalisme. L’exemple de l’Allemagne, justement, est à ce propos instructif : le paisible consensus entre SPD et CDU, est bousculé, ces jours-ci, par la fondation et la montée en puissance d’un nouveau parti réellement de gauche, et disposant déjà d’un groupe conséquent de députés au Bundestag… Après avoir tenté de « droitiser » son discours avec le succès que l’on sait (trois élections présidentielles perdues !), la gauche devra bien, un jour, revenir à ses fondamentaux, reprendre appui sur ses bases, c'est-à-dire réécouter le mouvement social. Qui se souvient aujourd’hui qu’en 1981, les Français avaient élu François Mitterrand sur un programme socialiste de « rupture avec le capitalisme » ? Et que ce-jour-là, la Bourse s’était effondrée de 20 % !
Un véritable retournement idéologique Ce temps est révolu : la Bourse n’a plus que faire des résultats électoraux. La « rupture tranquille », promise dernièrement par Nicolas Sarkozy, est avant tout une « rupture » avec le modèle de l’Etat social et protecteur, hérité du Conseil national de la Résistance ! Un modèle auquel, en réalité, une majorité de Français restent certainement très attachés (services publics, sécurité sociale, droit de grève, syndicalisme, code du travail, etc.). Mais que le discours dominant, axé sur la nécessaire « modernisation » du marché du travail (flexibilité), l’inéluctable « mondialisation » (en réalité, principalement financière), la rhétorique de la « crise de la valeur-travail », le « problème » de la dette publique, ou encore le mythe du « trou de la sécu » (lire Julien Duval, « le mythe du trou de la sécu », Liber/Raison d’agir, 2007), nous présente soit comme dépassé et archaïque, soit comme irresponsable et trop coûteux... La période qui s’est écoulée depuis l’après-guerre jusqu’à nos jours, et qui a vu l’éclosion de l’Europe politique et économique, le développement sans précédent des technologies de pointe et des activités de services, a été surtout marquée par un renversement idéologique dont Michel Foucault se faisait déjà l’écho à la fin des années 70, à savoir la subordination du social à l’économique : « on ne va plus demander à la société de garantir les individus contre les risques, mais on va plutôt demander à l’économie, de faire en sorte que tout individu, par son salaire, puisse s’assurer lui-même contre les risques » (« Naissance de la biopolitique, cours au Collège de France, 1978-1979 », Seuil, 2004). Retournement idéologique fondamental qui prône désormais le repli sur soi des individus, la « privatisation », l’« individualisme », et qui vante les bienfaits de la « concurrence », de « l’entreprenariat ». Ce, alors que la période précédente se fondait plutôt sur la volonté de collectivisation des risques, de mise en commun des compétences et des bénéfices, le service public, ou les valeurs de solidarité et de justice sociale…
Un projet de transformation sociale Il faut bien avouer que d’une manière générale, la gauche de gouvernement a largement accompagné ce glissement vers la droite de la société. La récente campagne présidentielle en aura été, une fois de plus, l’illustration. Ségolène Royal a multiplié les signes allant dans ce sens : recours aux thématiques de la dette publique, de la valeur-travail et de l’ordre juste, vertu de l’encadrement militaire, attaques à peine voilées contre les 35h ou les enseignants, dénonciation de la dette et du gaspillage, volonté de faire des Français un peuple d’entrepreneurs, et d’en finir avec « la vision négative de l’argent et du profit », alliance sans complexe avec le centre (UDF) de François Bayrou, etc. Cet inventaire à la Prévert nous fait dire que c’est plutôt dans l’attitude de la candidate socialiste que s’est située la véritable rupture de cette campagne ! Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce qu’une majorité de Français ait finalement voté pour l’original plutôt que pour la copie : le débat sur la « valeur-travail », par exemple, a bien montré la supériorité idéologique de la droite lorsque la gauche ne lui oppose pas un véritable « autre » discours. Bien sûr, on aimerait penser que la gauche sera, un jour, réellement capable de « gérer le capitalisme » et ses excès, sans, en même temps, rien renier de son projet de transformation sociale, tendant vers une société plus juste (économiquement), plus égalitaire (socialement) et plus démocratique (institutionnellement). Mais, il semble bien que ce projet soit, à jamais, incompatible avec un tel régime économique… |



