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Médecines naturelles, l'indispensable Dispensaire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jocelyne Renard / Photos : Elise   
10-12-2011

Depuis 2009, un dispensaire de soins naturels favorise l'accès des plus modestes aux thérapies alternatives, à Crest (Drôme). Dans une petite maison discrète et proche du centre-ville, je suis allée rendre visite à des membres de l'équipe qui portent et font vivre cette initiative originale.

 

En ces temps de crise du capitalisme, on peut se sentir accablée de voir les systèmes de protection sociale être démantelés à grands coups d'austérité et sous la menaçante férule des marchés boursiers. Mais au milieu de ces tempêtes ultralibérales, il est des personnes qui résistent, qui créent et qui pensent en termes de bien-être collectif. L'équipe du « Dispensaire de soins naturels » de Crest, dans la Drôme, est de cette trempe. Rencontré-es sous un généreux soleil d'automne, Anne, Marie et Patrice racontent l'histoire de ce lieu qui a ouvert ses portes le 3 janvier 2009. Anne, avec de l'émotion dans la voix : « Ce jour-là, c'était l'hiver, il n'y avait personne dans les rues, on sortait juste des fêtes. On a ouvert la porte à 9h. À 9h05, une personne a sonné, et là je me suis sentie soulagée, j'ai pensé : c'est gagné, ça va marcher. » L'idée d'un dispensaire lui est venue il y a longtemps.

 

« Au milieu des années 80, un projet fou a commencé à se monter près de Dieulefit, relate-t-elle. Des Saoudiens enrichis grâce au pétrole, ont racheté un grand domaine pour en faire un centre de remise en forme. Il y avait une dimension sociale dans leur démarche, ils voulaient que ça puisse accueillir aussi des personnes démunies. Nous en avions pas mal parlé avec un de mes amis médecin, recruté pour y participer. Nous trouvions qu'un tel centre n'était pas la solution la plus adaptée pour soigner des personnes sans le sou, au vu des coûts élevés d'hébergement. Nous avons réfléchi à un centre de soins ambulatoires de type dispensaire. Le projet des Saoudiens a finalement capoté et l'ensemble a été racheté par le Club Med pour faire un centre de thalasso. Mais la graine était semée et l'idée a continué à se frayer son chemin. »

 

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Tous bénévoles

 

Marie raconte : « Quand j'étais enfant, je me souviens qu'on allait voir le médecin dans des dispensaires de quartiers. Les différentes spécialités médicales y étaient représentées. Il y avait toute une vie sociale dans la salle d'attente. Maintenant, les gens vont aux urgences quand ils ont besoin d'être soignés sans rendez-vous, ou dans les consultations externes des hôpitaux quand il s'agit de voir un spécialiste. »

 

Le but du Dispensaire de Crest est d'offrir un espace de soins pluridisciplinaire dédié aux médecines naturelles, accessible à tous et toutes. Le centre fonctionne sous statut associatif. Tous-tes les intervenant-es, thérapeutes, accueillant-es et personnes qui gèrent les tâches administratives sont bénévoles. Et s'engagent à être présent-es une demi journée tous les 15 jours, à participer à la vie de l'association – qui implique de participer aux réunions et de faire le ménage à tour de rôle -, et à respecter une charte – qui interdit notamment de faire de la publicité pour son propre cabinet.

 

Mais qu'est-ce donc qui motive des thérapeutes installée-es et ayant une clientèle suffisante à donner ainsi de leur temps et de leur énergie pour soigner gratuitement ? « La mauvaise conscience de faire payer aussi cher pour des soins » nous souffle Anne. Julien, un jeune osthéo présent un peu plus tôt répond, lui, après un temps de réflexion : « pour sortir de mon trou et rencontrer d'autres thérapeutes, échanger ». Pour plusieurs bénévoles le déclencheur fut l'envie ou le besoin "d'aider", qui a parfois évolué en notion de partage avec les consultant-es et de plaisir.

 

Un projet désormais autofinancé

 

Concrètement, le dispensaire est ouvert deux jours par semaine, le lundi et le mardi. Les consultations ont lieu sans rendez-vous, selon le principe « premier arrivé, premier servi ». Ce qui explique les petits groupes de personnes qui attendent dans la rue devant le local, parfois une demi-heure avant l'ouverture. Les disciplines proposées sont l'osthéopathie, la médecine traditionnelle chinoise, naturopathie, homéopathie, fasciathérapie, réflexologie plantaire ainsi que l'écoute psychologique.

 

Le projet a été lancé grâce au soutien de deux fondations : une subvention de 8 000 euros a été accordée par la Fondation pour une Terre Humaine à des fins d'équipement et de matériel. La fondation Solidarité Homéopathie quant à elle a accordé plusieurs subventions de 2 000 euros pour des frais de fonctionnement. Pour le reste, le projet parvient maintenant à tourner sur ses propres rentrées d'argent. Les séances de soin durent une demi-heure au minimum, pour un tarif qui va de 7 à 27 euros, selon cinq tranches de prix échelonnées par niveau de revenu. Une adhésion de 2 euros à l'année est également demandée pour bénéficier des soins et activités du dispensaire. Cet argent sert à payer les charges de l'association : prix du loyer, du chauffage et autres frais.

 

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Journées de formation collectives

 

L'initiative du Dispensaire dément par les faits un reproche qui est souvent adressé aux médecines alternatives, à savoir : leur coût élevé. Ici, on pratique la thérapie alternative et sociale. Anne précise également un point de vue sur le coût des soins. « Pour une personne qui bénéficie de la CMU, si elle se rend chez un médecin allopathe conventionné, elle ne payera rien pour être soignée, ni pour la consultation, ni pour les médicaments prescrits. Or, certains traitements employés dans la médecine allopathique seront très coûteux, sans que le patient en ait forcément conscience. Dans le cas des médecines naturelles, la consultation coûtera plus cher, mais les traitements préconisés sont en général beaucoup moins chers. »

 

Le Dispensaire propose également des groupes de parole et journées de formation thématique. Ces activités collectives autour des questions de santé rencontrent un succès beaucoup plus mitigé. Anne et Marie expliquent ce manque d'intérêt par un modèle culturel individualiste de rapport à la santé. « Les gens considèrent le soin comme une relation bipolaire entre un thérapeute et un malade. Ils ont l'idée que cette relation doit avoir lieu dans le cocon et l'intimité de la salle de consultation. Or, il existe d'autres approches qui donnent aussi des résultats. Par exemple, ce médecin homéopathe qui donne des consultations collectives et gratuites dans des bistrots à Vénissieux (dans la banlieue lyonnaise), dans des quartiers défavorisés. Et ça marche, les femmes viennent, échangent des trucs et recettes, apprennent et comprennent des choses sur leur santé. Ici au Dispensaire, l'idée était présente dans nos envies de départ, de donner par exemple des consultations à plusieurs thérapeutes pour un-e seul-e patient-e. »

 

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Collégialité

 

Trente personnes font tourner l'association. Parmi elles, une vingtaine de thérapeutes et le reste d'accueillant-es. Les prises de décision sont collégiales, il n'y a pas de président-e aux commandes. Comme toute structure collective, l'équipe du Dispensaire a connu ses heures de grâce et ses heures graves - de conflits et de tensions. Le découragement a parfois frappé à la porte, mais des caps difficiles ont été franchis et le bateau vogue actuellement en eaux calmes. Intelligence, ténacité et réalisme sont les qualités déployées par l'équipe qui a réussi à monter ce projet et à le faire tenir dans la durée.

 

On ne peut souhaiter qu'une chose : que ce type d'initiatives se multiplie, essaime. C'est déjà le cas à Reims, où un centre de soins baptisé « Best » a été créé dans la même logique que celui de Crest. Étant régulièrement contactée par des personnes intéressées pour lancer des initiatives similaires, l'équipe du Dispensaire a décidé d'organiser une journée de formation et d'information sur le sujet.

 

Cry Le « Printemps des Dispensaires » se tiendra à Crest le 31 mars 2012. L'inscription est vivement recommandée, avec adhésion demandée de 2 euros à l'association. Possibilité d'hébergement gracieux par les bénévoles. Contact au 06 79 59 11 20. Site : http://www.dispensairedesoinsnaturels.org/




  Commentaires (3)
Best Reims?
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 25-01-2012 09:08
Bonjour, 
cet article m'a beaucoup intéressé, c'est une initiative originale. Vous parlez d'un centre similaire à Reims où j'habite, je n'en trouve pas trace sur le net, auriez-vous des coordonnées plus précises ?  
Merci, très cordialement, 
V.Brun
info sur installation
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 20-06-2015 07:20
Bonjour, 
Je suis sophrologue, conseillère en Feng shui et gérante d'une école de formation de sophrologue non caycédienne. Avec un groupe de thérapeute nous voudrions ouvrir un dispensaire dont l'habitat sera un éco-dome, dans l'allier. Est-il obligatoire de faire une association?
Info ou intox?
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 15-08-2015 17:31
Cette initiative unique est sans but lucratif et à caractère social, tout à fait louable. Mais l'efficacité thérapeutique se pose en général pour les médecines douces, seule l'herboristerie semble médicalement efficiente, avec une vingtaine de plantes ayant des vertus démontrées. Dossier Science et Vie numéro 1168 de janvier 2015, sur les médecines alternatives.  
 
- Nicolas MARQUIS. Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel. PUF 
- Simon SINGH et Edgard ERNST. Médecines douces: info ou intox? CASSINI 
- Dominique LECOURT. Dictionnaire de la pensée médicale. PUF.

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