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Rwanda, mémoire d'un génocide - Paroles d'écrivains Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sylvain Marcelli   
01-12-2011

Dans le cadre du colloque qui s’est tenu à La Villette les 18 et 19 novembre, sept écrivains, rwandais et non rwandais, impliqués dans le projet « Ecrire par devoir de mémoire » ont répondu à une question simple, mais profonde : « Pourquoi écrivez-vous ? » Morceaux choisis.

 

Yolande Mukagasana

 

Rescapée du génocide, Yolande Mukagasana a publié La mort ne veut pas de moi (Fixot) et N’aie pas peur de savoir. Elle témoigne pendant la première partie de la pièce du Groupov, l’essentiel Rwanda 1994. Elle prépare actuellement un livre de portraits à valeur de témoignages. Dans un de ses livres, Yolande a écrit : « Je ne vis pas dans l’écriture, je vis dans la parole ».

 

« Mon éducation a été marquée par la tradition orale. La langue de mon enfance était la langue métaphorique des contes. Quelques années avant 1994, j’ai travaillé avec des amis sur un recueil de contes et de poèmes. Mais je n’avais pas vocation à devenir écrivain : j’étais infirmière. Je ne me considère pas comme un écrivain de la littérature. C’est quelque chose qui m’est tombé dessus. Je ne savais pas que je pouvais écrire. Mais lorsque j’étais cachée sous un évier pendant le génocide, je me suis promis d’écrire, de témoigner. C’est ma seule arme. Je n’ai pas d’héritier, alors j’ai mis ma mémoire dans un livre, pour préserver les autres mères et les autres enfants.

Ecrire est devenu vital. Je compare l’acte d’écrire à l’acte de donner la vie. »

 

Vénuste Kayimahé

 

Ce Rwandais, qui était en exil au moment du génocide, fait paraître ce mois-ci France-Rwanda : les coulisses du génocide. En 1994, il avait publié une virulente lettre ouverte au président de la République François Mitterrand.

 

« Ecrire a été une sorte de libération pour moi. Quand je parlais du génocide, j’avais l’impression que les mots s’envolaient, que, sitôt dites, les paroles n’existaient plus, même pour l’interlocuteur. J’ai voulu fixer ces paroles dans l’écrit pour tout le monde, pour toutes les générations. Je pouvias apporter mon témoignage sur la relation entre la France et le Rwanda. Une fois tout cela fixé dans un livre, je peux passer à un autre stade, qui sera le recueil d’autres témoignages. Je veux continuer à élargir le devoir de mémoire. »

 

Jean-Marie Vianney Rurangwa

 

Rwandais, réfugié au Burundi dès les années 60, Jean-Marie vit désormais en Belgique où il prépare un doctorat en sociologie. Il a écrit Le génocide des Tutsi expliqué à un étranger, un dialogue pédagogique qui reprend une forme littéraire européenne bien connue.

 

« J’ai choisi la forme de l’essai. Au moment du génocide, je vivais à Rome dans un milieu catholique, qui hébergait beaucoup de prêtres issus des milieux génocidaires. Eux et moi étudions ensemble à l’Université pontificale grégorienne. Je les entendais discuter et reprendre les clichés de la guerre interethnique. Comme je n’étais pas sur place, je ne peux pas raconter ce qui c’est passé. Alors j’ai plutôt essayé d’expliquer de manière pédagogique l’idéologie du génocide. C’était une manière de réagir face aux négationnistes qui vivaient avec moi. »

 

Nocky Djedanoum

 

Nocky est à l’origine du festival Fest’Africa, et du projet « Ecrire par devoir de mémoire ». Il a lui-même écrit dans ce cadre un recueil de poèmes, Nyamirambo !

 

« Je n’avais jamais pris le temps d’écrire sérieusement. Je n’étais jamais allé au Rwanda, mais j’ai écrit que la terre rwandaise était mienne dans mes poèmes parce que je revendique le droit de venir au Rwanda. On ne peut pas me refuser de venir. 

En allant au Rwanda, j’ai réagi en tant qu’Africain, en tant que noir, et seulement après en tant qu’être humain. Je suis devenu humain à partir du Rwanda.»

 

Tierno Monenembo

 

En 1969, ce Guinéen a été obligé de s’exiler pour fuir la dictature de Sékou Touré. Auteur de plusieurs romans, il publie L’Aîné des orphelins.

 

« Ma catharsis a été l’exil. J’ai commencé à écrire à Lyon pendant mes études de biochimie. Au petit matin, j’allais balayer dans les magasins Mamouth, vous savez ceux qui écrasaient les prix, et pas du tout les hommes. A 8 heures, j’allais en cours. C’est pendant mes insomnies que je me suis mis à écrire. C’était la première fois de ma vie. Je ne savais même pas utiliser une machine à écrire ! Dans un livre, tout est permis. On n’est jamais pris pour un fou. Au contraire, on devient subitement ‘monsieur l’écrivain’.

J’ai fui mon pays parce que c’était une dictature, pas pour chercher du travail. Il y avait une certaine proximité entre ce qui se passait en Guinée et le génocide rwandais. Pourtant, on ne peut pas écrire pareil à Abdjian ou à Lyon. Il faut épouser la topographie, adapter la langue au lieu géographique.

Au Rwanda, j’ai senti une rupture : même le discours était cassé. Je n’avais rien à écrire sur les ossements que nous avions vus. Je suis allé deux fois au Rwanda, pendant un mois à chaque fois. Et puis le livre a été écrit en quinze jours. En fait, il était déjà là avant que je le sache. C’est parti de l’image d’un enfant qui avait bu le sang de ses parents... »

 

Boubacar Boris Diop

 

Journaliste et écrivain, Boubacar Boris Diop a publié Les tambours de la mémoire en 1987. Dans le cadre du projet Fest’Africa, il a écrit Murambi, le livre des ossements (Stock).

 

« Le Rwanda est une création de l’imaginaire des autres : depuis un siècle, des idées fausses circulent, comme celle qui affirme que les Tutsis sont arrivés du Caucase. Ces légendes ont abouti au génocide de 1994.

Ecrire un roman, c’est raconter ce qui s’est passé, faire comme si nous y étions. »

 

Jean-Luc Raharimanana

 

Dramaturge et novelliste, Jean-Luc évoque dans ses écrits son île natale, Madagascar. Ecrivain engagé, il a publié avec Eugène Ebodé un article-manifeste « Pour une Afrique désirable » dans la revue Africultures datée de septembre 2000. Il fait également référence au génocide rwandais dans son roman Rêves sous le linceul, paru en 1998 au Serpent à Plumes. Il a été invité par Fest’Africa lors du colloque de juin 2000.

 

« Je commençais un roman sur la rebellion de Malgaches pendant l’occupation française quand le génocide rwandais a commencé. Au même moment, j’ai reçu une lettre du Nouvel Observateur, une lettre un peu hypocrite puisqu’à l’époque je n’avais presque rien publié et qu’on m’annonçait que j’étais considéré comme l’un des 300 meilleurs écrivains du monde ! Bref, je devais raconter une journée de ma vie. Je ne voyais pas trop quoi dire, moi qui passe mon temps dans mon petit appartement, sur mon canapé. Mais il s’est trouvé que la journée qu’il fallait raconter, c’était le 19 avril 1994. Alors j’ai écrit un texte intitulé Le canapé, où je raconte que sur mon canapé, il y a un crâne qui me demande pourquoi je suis toujours vivant. Puis ce crâne m’a demandé de parler, et cela a donné une fiction. »

 

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