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Rwanda, mémoire d'un génocide - Le journaliste qui y est retourné Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sylvain Marcelli   
07-11-2011

Les médias occidentaux ont couvert le génocide avec leur désinvolture habituelle : un petit tour et puis s’en vont. Rares sont les journalistes qui sont revenus au Rwanda après l’horreur, pour tenter de comprendre, et voir comment ce pays apprenait à revivre. Parmi eux, Philip Gourevitch, envoyé par le New Yorker.

 

Les 400 pages des « chroniques rwandaises » du journaliste américain Philip Gourevitch racontent, avec émotion et sensibilité, la profondeur du traumatisme subi par le peuple rwandais. A la différence de la plupart de ses confrères, Gourevitch n’a pas couvert de loin le génocide pendant quelques semaines pour aussitôt s’en désintéresser, happé par le flux constant de l’actualité. Non, le reporter du New Yorker est retourné sur place un an après la tragédie, pour recueillir, pendant des mois, jusqu’à la nausée, les récits des survivants.

 

Le titre du livre, à l’ironie fracassante, Nous avons le plaisir de vous informer que, demain, nous serons tués avec nos familles, prend tout son sens quand on sait qu’il est extrait d’une lettre rédigée par un pasteur Tutsi, quelques heures avant le massacre annoncé de son village. « Je voulais savoir, écrit  le journaliste dans l’exordre, comment les Rwandais comprenaient ce qui s’était passé dans leur pays et comment ils vivaient les suites. Le mot « génocide » et les images des morts innombrables et anonymes laissaient par trop le champ libre à l’imagination. » Gourevitch revient également en détail sur les raisons qui ont poussé le nouveau pouvoir Tutsi à évacuer par la force les camps de réfugiés fixés à la frontière du pays, quelques mois après le génocide. Où l’on voit que la thèse du double génocide est une interprétation perverse et négationniste de l’histoire...

 

Ecrit à la première personne, ce vaste reportage, qui plonge dans des moments de grande lucidité dans les tréfonds de l’âme humaine, assume pleinement sa subjectivité, sur un ton qui rappelle les textes de Daniel Mermet. Ce parti-pris devient cependant gênant dans les dernières pages de l’ouvrage, qui sont consacrées à Kagame, le leader du Front Patriotique Rwandais et actuel président du Rwanda (porté officiellement à la première place le 17 avril 2000, par un parlement et un gouvernement non élu). Manifestement fasciné par le personnage, Gourevitch en dresse un portrait dithyrambique, en oubliant complètement les soupçons qui pèsent sur l’accès au pouvoir de ce stratège au sang froid. Il faut croire que Gourevitch espère avoir trouvé en Kagame l’homme qui évitera au Rwanda de sombrer dans un nouveau cauchemar. Malheureusement, la réalité actuelle montre qu’il se trompe. Mais on s’accroche à ce qu’on peut quand on revient d’un tel voyage au bout de l’horreur...

 

Philip Gourevitch, Nous avons le plaisir de vous informer que, demain, nous serons tués avec nos familles. Editions Denoël, 1998

 

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