L'Interdit

Vous ne le lirez pas ailleurs

Change font size Increase size Decrease size Revert styles to default

Interdits.net / Version 3.0

 
Le contenu de ce site est publié
sous licence Creative Commons.
La coopérative multimédia Insite
nous fait l'amitié de nous héberger.
Ce webzine, fabriqué à Lille, est édité
par l'association L'Interdit depuis 1998.
Conçu par Sylvain Marcelli,
il tourne grâce à Joomla
Site optimisé pour Firefox
Programme : l'étau se resserre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Alias et Sylvain   
08-05-2002

Nom du groupe : Programme >>> Titre de l’album : L’Enfer tiède >>> Derniers mots du dernier titre : « 2002 le produit nous consomme » >>> Correspondance avec l’actualité nationale : fortuite >>> Désignation du document ci-dessous : interview.

 

Image 

 

 

Vos disques sont pour le moins désabusés. L’horreur dont vous parlez est-elle due à la société ou à l’être humain ?

Arnaud : Elle est liée aux deux, forcément, et c’est difficile de séparer l’être humain de la société, d’où il a grandi, d’où il vit… Après, la période dans laquelle on est induit certains comportements humains, c’est quand même une société qui modifie vachement l’humain. L’horreur est donc partagée, mais on se sent quand même très horrifiés par notre époque et la société où on vit. Ce qui est horrible aussi c’est le sentiment d’impuissance qu’on peut ressentir à l’intérieur de ça. Tout en étant ce qu’on est, en ayant des pensées qui peuvent être intelligentes, personnelles ou nulles, et même si on croit avoir un regard un peu froid et réaliste là-dessus, finalement la marge de manœuvre est réduite et ça participe aussi à l’horreur. Que faire ? Comment ? Qu’est-ce qui ferait que nous on puisse dire ou faire quelque chose de mieux que ce qu’on dit ou fait à côté ?

 

Qu’est-ce qui vous a amenés à cette prise de conscience ?

Damien : Je ne sais pas si quelque chose nous a amenés à cette prise de conscience. Par contre, trop de prise de conscience nous a amenés à faire Programme. Il y avait un problème : rien dire c’est naze, dire c’est naze, on ne savait pas le mode d’implication qu’il fallait. Mais ça remonte à depuis tout petits. Je ne pense pas qu’il y ait eu un élément déclencheur.

 

Mais cette prise de conscience, d’autres ne l’ont pas ?

D : Je ne suis pas sûr. Je crois que d’autres ne font pas quelque chose mais je ne pense pas qu’il puisse y avoir des gens libres de ça, libres de ne pas regarder ou de ne pas avoir d’avis. En tout cas s’ils existent, moi je les envie, franchement ! Il y a des gens qui n’osent pas, ou ne veulent pas, ou ont choisi de faire autre chose ou de se taire. En fait on n’est pas si décalés que ça. Des fois on discute avec des gens de notre âge ou plus jeunes, on n’est pas autant sur Mars qu’on pourrait le croire. Souvent on arrive à discuter très profondément avec des gens qui nous sont absolument opposés et on arrive à peu près aux mêmes choses. Sur la prise de conscience je pense qu’à l’heure actuelle il y a beaucoup de gens qui voient que ça pue, que l’étau se resserre, que le nuage noir arrive.

 

Pourquoi alors les autres groupes ne parlent-ils pas de ce genre de préoccupations ?

D : Ah mais les groupes, c’est autre chose. Nous, on a choisi de s’investir dans la musique mais je crois qu’il y a des gens qui jouent très bien, mettons, du jazz, et qui décident de ne pas s’impliquer en jazz, qui préfèrent en jouer un très classique et très cool et qui à côté vont peut-être être militants politiques ou quelque chose comme ça. Chacun organise sa vie comme il a envie.

A : La prise de conscience, pour nous, a été motivée par les étapes à franchir pour entrer dans une vie adulte type : l’école, le système scolaire, le monde du travail… Et les groupes dont on parle sont des gens qui essaient de faire un métier, d’avoir une rémunération, qui ont un rapport à l’argent qui est dirigé, installé, et nous aussi on a besoin d’argent pour vivre aussi, mais c’est un problème qu’on a en tête. On sait que très souvent, voire à chaque fois, l’argent, le carriérisme, le professionnalisme vont ronger la source de l’envie de faire un truc, surtout dans le domaine de la musique ou de l’art, c’est ce qu’on appelle la récupération. Cette prise de conscience on l’a tout le temps en tête, vu que c’est notre métier, on s’y colle tous les jours. On sait très bien qu’en faisant la musique qu’on fait on va avoir du mal à en vivre, à s’installer dans une vie, donc c’est un problème duquel on ne sort pas. C’est aussi peut-être pour ça qu’on en parle. On reste dans une situation qui est claire. On n’est pas devenus des gens hors du monde parce qu’on a réussi. On reste dans une réalité qui était la même il y a dix ans quand on étaient ados.

 

Est-ce que ça ne correspond pas à un choix aussi de ne pas s’installer ?

D : Oui, mais ce choix il vient après. On a fait le choix de continuer parce qu’on est partis comme ça, dans une ambiance où on nous disait “ attention les gars vous êtes décalés, ça ne marchera jamais ”. Nous notre choix il n’a pas été à la base de se dire “ on va se décaler ”, il a été de se dire “ on ne touche à rien, on ne bouge pas, on fait notre truc ”.

A : Pour les autres groupes, je n’ai pas envie de dire “ eux ils sont mauvais, ils sont nuls ”, il y en a certains qui ont un caractère différent comme disait Damien par rapport au jazz, tu peux faire de la musique pour d’autres raisons, t’es pas obligé de faire de la critique, mais il y a aussi quand même une bonne partie qui fait des concessions pour pouvoir réussir et en vivre, ça c’est sûr.

 

Quels sont vos rapports avec les autres groupes ou les medias, avez-vous été mis à l’écart ?

A : On n’a pas tellement de contacts avec les autres groupes, on a quelques échos par des gens qui sont un peu dans le milieu rock français. En général, soit les mecs évitent le sujet, soit ils aiment. Mais ceux qui n’aiment pas n’ont pas envie d’en parler, ça a l’air de vraiment les irriter, les énerver. Pour les journaleux, ce n’est pas tout à fait pareil parce que sur le premier album il y a eu une espèce de phénomène de hype, sans doute par la radicalité du propos, qui fait qu’une grosse partie de la presse parisienne a quand même défendu le truc même si ce sont des gens qui dans le fond, je pense, n’ont pas les mêmes préoccupations. La critique a été massivement favorable.

D : Moi je soupçonne un peu aussi de récupération dans ce sens là, dans le truc “ Programme ça cartonne, c’est jeune, c’est frais et efficace et revendicatif, super ”, donc on envoie du papier dessus. On va voir ce que ça va donner sur L’enfer tiède, apparemment ça se bouscule beaucoup moins au portillon parce que forcément, nous, on va continuer, donc si on continue longtemps, les gens qui ont abusé de superlatifs au départ vont se retrouver super courts. Parce qu’on a quand même lu des trucs hallucinants, c’est vrai que ça fait plaisir à la première lecture mais on a vu des débilités du style “ les Sex pistols des années 2000 ”, super, merci, mais là il va falloir continuer. Dans Mon cerveau dans ma bouche on n’a pas fait que du coup de poing et de la revendication, il y a beaucoup de poésie, de trucs qui vont au fond des choses et qu’on a essayé dans L’enfer tiède de revaloriser, de mettre en avant.

A : Dans les textes du premier album, l’auditeur était vachement pris à partie. Ça on a voulu le zapper, parce qu’on trouvait que c’était un peu une facilité. Et puis on ne voulait pas en faire un fonds de commerce. Et pour la musique, Damien, c’est pareil.

D : Dans L’enfer tiède il reste encore quelques découpages aigres, quelques coups de gueule musicaux, mais on a essayé de les diminuer et de les mettre à des moments plus opportuns. Dans le premier, quand il y avait un trou on mettait quelque chose. Dans L’enfer tiède, on a fait l’inverse, on enlevait, on enlevait, on épurait au maximum. Moins de fioritures.

A : Ça a un sens les arrangements, la façon dont on conçoit la musique et tout ça. Mettre des choses inutiles, ça indique quelque chose sur la façon de penser et de voir la musique, de mettre plein de petites fioritures pour décorer. On avaient pas envie de ça.

 

Comment peut-on qualifier vos morceaux ? Peut-on parler de chansons ?

D : Je pense que c’est le meilleur terme parce que dans “ chanson ” on met automatiquement les paroles et la musique dans le même terme. J’aimerais qu’on soit un groupe de chanson, ça c’est sûr.

A : On voudrait arriver à être simples en fait. On se rend compte qu’il y a un côté un peu compliqué dans notre musique, aussi parce que ce qu’on a à dire c’est un peu compliqué, mais dans l’absolu je crois qu’on aimerait bien être simples. C’est pour ça aussi que le terme de chanson nous va. Mais on a besoin de créer notre propre langage. Si on fait quelque chose qui ressemble trop à quelque chose de connu ou d’identifiable, ça ne nous va pas. On se dit c’est pas ça que doit faire Programme, il faut exprimer un truc plus décalé, plus personnel. Donc ça nous fait arriver sur des choses qu’on entend pas beaucoup sur les radios.

 

Arnaud vient de Diabologum qui a collaboré à plusieurs reprises avec Daniel Darc. Est-ce un bon souvenir, est-ce que ce serait encore envisageable aujourd’hui ?

A : J’en garde un bon souvenir. Envisageable aujourd’hui je ne pense pas, on l’a fait avec Diabolo, on n’a pas envie de le refaire avec Programme. Mais c’est quelqu’un qui m’a marqué, humainement. C’est un personnage déjà, quelqu’un qui est un peu à l’ouest et tout, mais ce qui m’a marqué je crois c’est la simplicité du type. Je me souviens à l’époque de Diabologum on tournait pas mal, on rencontrait pas mal de groupes et il y a quelques personnes qui nous ont vraiment marqué parce qu’ils ne se la jouaient pas, ils gardaient un rapport humain simple comme Sloy, Noir Désir ; malgré le fait qu’ils soient super connus, c’étaient des gens très simples. Et puis Daniel, lui aussi il est en lutte, il a pas envie de rentrer dans le truc.

 

Vous êtes vous jamais senti des affinités avec Public image ?

D : Je n’achète pas de disques, je n’écoute absolument pas de musique. J’ai dû tomber à l’adolescence dans le fanatisme comme beaucoup de jeunes, m’enfermer là-dedans, essayer de trouver une essence, ne pas la trouver, sortir la tête de l’eau, voir qu’il y a beaucoup de choses, des groupes de gens qui aiment ceci et pas cela, moi de suite ça m’a paru super compliqué, j’ai complètement stoppé. Je me suis dit si un jour il y a un truc exceptionnel, ça viendra à moi automatiquement.

J’attends. Arnaud et mon frangin font le guet pour moi. Moi je fais tellement de musique pendant toute la journée que quand j’ai envie de me délasser, mettre un CD, c’est la dernière chose que je vais faire. Je crois que je préfère faire de la musique à écouter de la musique. Par exemple au début j’aimais pas le jazz, je trouvais que ça jouait faux, que c’était naze. Et un jour j’ai joué du jazz. Putain, de jouer, je me suis dit Waouh !

Si tu faisais du sport tu ne le regarderais pas à la télé !

D : Je pense, oui, tout à fait. D’ailleurs, je mate beaucoup le sport à la télé et j’en fais pas un pet !

A : Pour revenir à la question, à Public Image et au post punk, il y a des affinités dans le sens où on nous dit souvent “ c’est négatif ce que vous faites ”. Oui, c’est clair que c’est négatif dans le sens générique. Mais ce côté négatif, pour nous, est obligatoire. Dans la situation dans laquelle on est, ça ne peut que passer dans un premier temps à travers de la négation, de la critique, pour peut-être arriver à une prise de conscience après qui va peut-être construire quelque chose, ou qui ne va rien construire mais sera au moins une espèce d’arrêt sur image. Et ce qui s’est passé dans les années 80, c’était ça aussi.

D : On regarde, ça pue, donc on dit ça sent mauvais, c’est tout.

A : On voit vachement de trucs qui refusent la réalité, qui sont dans une espèce de monde merveilleux qui doit exister juste sur les ondes de radio. Il y a un fossé entre ce qui est dit et la réalité qui est flippant. Il serait bien des fois d’envisager la culture comme prise de conscience et critique et c’est un truc qui se perd de plus en plus et qui va même disparaître ; j’aime pas rentrer dans les débats généraux comme ça mais le fric a de plus en plus de pouvoir, le pouvoir se concentre de plus en plus entre quelques mains, on rachète tout ce qui est possible, on met une valeur sur tout. C’est toujours pareil, le contraire n’est pas bon non plus ; ça ne veut pas dire que la culture subventionnée c’était le top, pas du tout. Mais que la liberté d’expression va se réduire. Elle a été énormément éreintée. Dans les radios par exemple il y a un cahier des charges interminable, il faut faire partie de ce bizness là, avoir les contacts pour, il faut faire le style qui est demandé, le style qui va faire vendre, qui va faire  passer les pubs.

 

Justement, avez-vous l’impression d’être compris du public ?

D : Le public est réduit mais captivé. On discute pas beaucoup mais on voit des regards devant. A Bruxelles avant hier il y avait des gens assis ; il y avait une jeune fille assise par terre, elle matait, elle écoutait.

A : L’incompréhension elle vient juste de la branchouille, ou de penser qu’on est des intellos froids avant gardistes. Il y a des gens qui ne jugent les choses que de manière formelle. Des gens qui pensent qu’on fait ça sans avoir de raisons de le faire dans le fond.

Vous êtes programmés pour quoi ?

A : On est programmés pour critiquer, pour rester dans cet état d’esprit, dans cette vision des choses, pour continuer ce genre de démarche. Après, au niveau de la composition, on peut être des fois un peu paumés, on n’a pas tous les tenants et aboutissants en mains. On ne sait pas exactement pourquoi on est programmés. Je pense que dans un premier temps c’est pour donner un autre son de cloche.

 

Et vous n’avez pas peur que ce programme devienne un système ?

A : Si, c’est possible, j’espère qu’on sera assez réalistes pour s’en rendre compte et y remédier d’une façon ou d’une autre. Pour l’instant, je ne pense pas, on continue d’avancer dans cette démarche, maintenant on fait de la scène, je crois qu’on a fait un deuxième album à la hauteur et qui arrive à toucher d’autres thèmes. On va essayer de ne pas rentrer dans un système mais ça c’est très difficile à juger.

D : Dans la notion de système il n’y a pas que du négatif ; le système est un état de fait, on l’utilise ou pas. Nous avec la musique on a failli rentrer dans un système assez bizarre, celui de l’antisystématisme. En commençant L’enfer tiède on s’est un peu embrouillés dans ça, de ne pas refaire ce qu’on avait fait ou entendu et on s’est enfermés dans ce système là. Qu’on le définisse ou pas, le système ça arrive, c’est une façon de fonctionner.

A : On n’est pas systématiques musicalement. Le fond est toujours le même à peu près mais on est pas élitistes ou rock, on essaie de concilier les choses pour ne pas justement rentrer dans un système formaté, identifiable. On peut faire un morceau facile, un morceau difficile.

D : Je crois que ce qui serait dommage c’est que Programme rentre sur des rails, en système ou même hors système, que l’on enchaîne huit albums sans se poser de questions parce qu’on a la facilité des mots, des sons, c’est cool, ça marche. On essaie de se mettre en danger quand on compose, quand on est sur scène, on essaie d’être toujours sur le fil pour être honnêtes. On ne pourrait pas avoir une parole engagée ou dangereuse si on est dans le tour bus et que ça roule…

A : Après, le défi c’est d’être bon dans notre truc. Tant qu’on arrivera à faire des bons morceaux, la question du système ne se posera pas tellement parce qu’il y aura une émotion forte qui passera, brutale, pour nous, pour celui qui va écouter. Je pense que ce ne sera pas l’idée qui viendra à la tête, ce sera l’émotion qui primera. Le défi c’est de s’étonner d’arriver toujours à se remettre en question et tout ça.

 

C’est d’abord s’étonner avant d’étonner le public ?

A : On est obligés de se déstabiliser. Les morceaux les plus bizarres on y est arrivés en se mettant dans une situation inconfortable. Il faut que ça nous fasse quelquechose, que ça nous pose un problème.

D : De toutes façons on passe beaucoup de morceaux à l’usure, à la machine à laver. Il faut que ça marche longtemps. Mettons “ Une vie ”, on a pu l’écouter peut-être six mois sans changer un mixage pour essayer de voir si ça marche ou pas. Donc quand nous on est sûrs et qu’on le fait écouter, la personne à qui on le fait écouter il lui faut six mois aussi.

A : Je crois que là dans ce disque justement au niveau musical il y a des trucs systématiques, dans les textes aussi, par exemple “ Une vie ” c’est toujours la même formule, les mêmes trucs qui reviennent, et c’était justement pour trouver quelque chose de plus tranchant, de plus unique. On est donc arrivés sur des démarches un peu systématiques pour contrer la démarche qu’on avait eu sur le premier album. Et c’est finalement en étant moins libres sur certains aspects qu’on a trouvé une espèce de brutalité, quelque chose d’instinctif.

 

Quelle question auriez-vous aimé entendre ? De quoi auriez-vous voulu parler ?

A : On  parlait de l’état général, de ce que ça se rétrécissait ; moi j’aimerais avoir aussi le son de cloche de gens qui écrivent dans les journaux et font des sites internet. Comment vous le vivez, qu’est-ce que vous faites par rapport à ça, est-ce que vous pensez que ça va continuer ?

Alias : S’il n’y avait pas une toute petite lueur qui fait se dire ça va déboucher sur autre chose, ça va tomber au bon endroit, il y a quelque chose qui va passer… on ne le ferait pas.

Sylvain : Tu disais tout à l’heure que l’espace se rétrécissait… Eh bien quand ça se rétrécit il faut pousser les murs ! C’est au nom de ça qu’on réalise L’Interdit.

Alias : Au fait, quelle serait votre définition du mot “ interdit ” ?

D : C’est un raccourci, interdire. Un raccourci au compromis. On n’a pas envie de travailler sur quelque chose, alors on l’interdit. C’est une espèce de report. Parce qu’en soi, techniquement, je ne vois pas à quoi ça sert d’interdire. Sauf un report dans le temps, en attendant de faire mieux. Il y a plein de lois qui passent, qui sautent, qui repassent, qui re-sautent, c’est interdit, c’est autorisé, donc ça ne doit pas être très très fiable.

A : C’est être borgne, un peu…

 

L’ENFER TIEDE

Le problème avec Programme c’est qu’au lieu de chroniquer le disque on a envie de citer toutes les paroles. Le problème avec Programme c’est qu’on a envie d’écrire une chronique qui soit à la hauteur du disque. Le problème avec Programme c’est qu’on a aussi du mal à chroniquer les autres disques parce qu’ils paraissent soudain tout à fait nuls. Pas merci, Programme. De nous déranger dans nos activités favorites. De nous hanter régulièrement. De nous claquer de la violence de votre lucidité, de l’intensité de votre conviction, de la douleur de votre vérité, de la crudité de votre froideur.

Mais tout de même, merci Programme. Pour votre audace. Pour votre talent. Pour votre fidélité à vous-mêmes, loin du cirque convenu : Ah, en concert, ce “ Merci, c’est très gentil. Programme ne fait pas de rappel, merci ”, plus subversif que toutes les paroles, que toutes les tenues de scène. Vous les dérangez, lez groupes, vous savez ! Ils paraissent si conformistes, si gnangnan, si veules, tout d’un coup… Et ils ne peuvent même pas dire de vous “ Ouais, ils prêchent, mais ils sont mauvais ”. Parce que vous ne prêchez rien. Et parce que vous êtes excellents. “ Une vie pour rien… ” dites-vous… J’ai le pressentiment que non.

Alias

Lithium


 

 

 

EXTRAITS DU PROGRAMME

Une vie

Une vie à mettre certaines questions de côté
Soit par manque de courage pour en accepter les réponses
Soit par impossibilité d’en trouver
Une vie à revenir sur ce qu’on s’est promis
En souffrant d’être malhonnête
Une vie où le poids du temps se projette et où on ne changera pas
Une vie où on a tout choisi sauf soi
Une vie à masquer ce qu’on est vraiment
Juste pour gagner du temps
Une vie à laisser filer car l’apparence est plus forte
Une vie où moins on se voit et mieux on se porte
Une vie où l’on trouve qu’il faut du courage
Pour s’avouer lâche chaque jour davantage
Une vie à mettre le masque qu’il faut pour monter plus haut
A faire des efforts
A dire oui à des gens dont on sait qu’ils ont tort
Une vie à parler de ce qui est mal et de ce qui est bien
Alors qu’on n’a soi-même jamais fait le point
Une vie à trouver ça sans importance
Une vie à se compliquer pour rien

C’est n’importe quoi pour n’importe qui

C’est n’importe quoi pour n’importe qui
Et dans ce n’importe quoi on est n’importe qui
On dit n’importe quoi on croit n’importe qui
Parce que c’est n’importe quoi on fait n’importe quoi aussi

On est entre deux feux

On cherche le sommeil et on est bouffé par les nerfs
On sent le poids des quatre murs autour
On voudrait dormir des années des décennies
Ne plus trembler face à la vérité
Ni ressembler au monde quand il cherche qui il est
Et qu’il impose ses choix
Ne plus par dépit y trouver sa voie
Et ne plus regarder de près
Le renouveau le pas franchi du bon côté et ce qui fait défaut




  Soyez le premier à commenter cet article

Commenter
  • Les messages comportant des attaques verbales contre les personnes seront supprimés.
  • Vous pouvez renouveler le code de sécurité en appliquant un rafraîchissement à votre navigateur.
  • Appliquer cette méthode de rafraîchissement si vous avez entré un mauvais code de sécurité.
Nom
E-mail
Site web
Titre
BBCode:Web AddressEmail AddressBold TextItalic TextUnderlined TextQuoteCodeOpen ListList ItemClose List
Commentaire

Code:* Code

Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4.5