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Pourrait-on encore tourner "Hiroshima mon amour" ou "Delicatessen" ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sylvain Marcelli   
03-10-2007

Où sont passés les films incorrects, expérimentaux, chers et sans stars ? Sept projections, sept débats : l'ARP , société civile des gens de cinéma, met les pieds dans le plat avec son "festival des films qu'on ne peut plus faire", jusqu'au 7 octobre au Cinéma des Cinéastes avenue de Clichy à Paris.

 

Au programme : "Hiroshima mon amour", "Delicatessen", "Thérèse", "Salo ou les 120 journées de Sodome", "La Grande bouffe", "Happiness" et "Tess". Des films fondateurs, dont on peine à imaginer l'absence dans l'histoire du cinéma... Est-il réellement devenu impossible de sortir pareils chefs d'oeuvre aujourd'hui ? Entretien avec Michel Ferry et Lionel Delplanque, réalisateurs et organisateurs du festival.

 

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"Le festival des films qu'on ne peut plus faire" : ce titre peut être perçu comme provocateur, désabusé ou réaliste. Dans quel  registre vous situez-vous ?

Provocateurs et réalistes, pas désabusés. L'idée de ce festival nous est venue à  la fois en tant que spectateurs frustrés et comme acteurs du milieu. On ne peut que constater la  bonne santé de l'industrie cinématographique, mais le septième art  français se porte plutôt mal... Nous avons voulu choisir des films emblématiques,  portés par une  ambition, par un vrai désir de Cinéma. Nous avons voulu couvrir tous  les sujets à la fois et chercher des pistes, afin de provoquer une prise de conscience générale en constatant que nous sommes tous, à tous les  niveaux, plus ou moins responsables de la situation.


Qui est le premier responsable de la timidité actuelle du cinéma français ? Le producteur, le réalisateur ou le public ?

L'auto-censure, puisque finalement il s'agit de cela, se situe à chaque échelon. Il y a l'autocensure du scénariste qui a peur de ne pas vendre  son scénario ou de ne pas trouver un réalisateur pour le faire. Il y a ensuite le réalisateur qui anticipe la réaction du producteur, le producteur qui craint le blocage des financiers qui, eux-mêmes, craignent une frilosité du public et voudraient lui offrir des stars dans des films consensuels. Quant au public, il ne va voir que ce qu'on lui propose, à défaut d'autre chose. Mais cette frilosité générale est sans doute aussi en grande partie liée à l'opacité qui pèse sur les remontées financières des films. D'ailleurs, qui parle de salle de cinéma lorsqu'on finance un film ? Pas grand monde, on parle télé, on parle de l'aide de l'Etat ou des Régions, mais des salles, presque jamais... Le film est bien souvent conçu comme un "super-téléfilm".


Comment avez-vous choisi les films qui seront présentés ? En  quoi chacun d'eux est-il un révélateur des blocages actuels du cinéma ?

Les chiffres des films que nous montrons  sont éloquents : la  plupart sont millionnaires en entrées. Il y a eu,  il y a encore, un public pour les films atypiques. Pourtant, chacun de ces films ne pourraient se faire et exister aujourd'hui dans les conditions dans lesquelles il a été offert au  public à son époque. "Hiroshima" serait considéré comme trop pointu et donc diffusé à une petite échelle. "Delicatessen" serait un premier film trop cher pour des inconnus avec des inconnus, quel que soit leur talent. "Thérése" se ferait encore mais personne - ou très peu de gens – aurait l'occasion, ou le temps, d'aller le voir. "Salo" porterait un cache-sexe. "Happiness" n'aurait jamais dépassé la discussion entre un scénariste et un réalisateur : ils auraient vite renoncé à l'écrire pour ne pas consacrer des mois à un sujet qu'un écrétage systématique opéré ensuite par les divers acteurs de la profession aurait fini par rendre insipide : le psychanalyste pédophile du film n'aurait probablement pas survécu à ce traitement ! "La Grande Bouffe" ne dépasserait pas le stade des comités de lecture à cause de son scénario trop atypique et politiquement incorrect comme "Happiness". Quant à "Tess", peu de producteurs en France oserait prendre le risque de mettre en jeu leurs biens personnels pour un projet aussi fou, sans acteurs connus, quelque soit le statut du metteur en  scène.


Question rituelle sur ce webzine : quelle est votre définition de l'interdit ?

Interdire : empêcher de dire. Le langage étant essentiellement ce qui différencie l'homme de l'animal, empêcher de dire le fait retourner à son état primitif.

 

Au programme...

 

 

HIROSHIMA MON AMOUR (1959)                                             
ALAIN RESNAIS

vendredi 5 octobre - 19h45

Une mise en scène unanimement célébrée. Or les enjeux esthétiques sont curieusement absents du débat cinématographique contemporain. La question de la réalisation est même rarement posée en terme de cinéma. Qu’en est-il d’une industrie qui semble aujourd’hui préférer des personnalités médiatiques pour réaliser les films ?

2 250 000 entrées

Intervenants : Michel Ciment (Positif), Renaud Davy (Wild Bunch), Jean-Marc Ghanassia (Agent artistique), Cyril Neyrat (Cahiers du cinéma) Modératrice : Jeanne Labrune (Réalisatrice)

 

DELICATESSEN (1991)                                                          
JEUNET ET CARO

samedi 6 octobre - 13h30

Un premier long-métrage à l'univers décalé. Des acteurs inconnus, des effets spéciaux et un décor en studio inondé, rien de "bankable" sinon une invention visuelle, mêlant humour noir et histoire d’amour atypique. Comment financer un premier film, "sans casting" mais nécessitant de vrais moyens de production, quand il est impossible de faire référence à d'autres films du même genre et ayant marché ?

1 600 000 entrées

Intervenants : Jean-Pierre Jeunet (Réalisateur), Claudie Ossard (Productrice), Myriam Hacène (CinéCinéma), Pierre Forette (producteur, fondateur d’Uniétoile) Modérateur : Jean-Paul Salomé (Réalisateur, Président de l’ARP)

 

THÉRÈSE (1986)                                                                          
ALAIN CAVALIER

samedi 6 octobre - 17h00

Une œuvre austère et un succès en salle. Une mise en scène épurée de la vie de Thérèse de Lisieux interprétée par une actrice inconnue de 27 ans qui n’a jamais fait de cinéma. Du fait de son faible coût de fabrication, on pourrait encore produire ce film aujourd’hui. Mais, compte tenu de son sujet et de son traitement, aurait-il le temps d’exister en salle ?

1 475 000 entrées

Intervenants : Maurice Bernart (Producteur), Aurélien Ferenczi (Télérama), Richard Patry (Exploitant), Régine Vial (Distributrice)  Modérateur : Pascal Mérigeau (Nouvel Observateur)


SALO OU LES 120 JOURNÉES DE SODOME (1975)               
PIER  P. PASOLINI

samedi 6 octobre - 20h30

Sade transposé et non censuré. De jeunes gens humiliés, violés, torturés et tués dans une grande villa. Avec des scènes de coprophagie. Qui prendrait encore le risque de produire un film qu'aucune chaîne ne pourrait diffuser avant minuit ? Ne serait-on pas tenté d’en masquer ce qui en fait justement le propos ?

995 000 entrées

Intervenants : Jean Labadie (Distributeur), Michel Reilhac (Arte France) Modérateur : Pierre-Henri Deleau (Délégué général du FIPA),

 

LA GRANDE BOUFFE (1973)                                                       
MARCO FERRERI

dimanche 7 octobre - 11h00

Un pamphlet contre la société de consommation, sans structure narrative classique. Quatre amis se réunissent pour un suicide gastronomique. Pets, fornications et agonies dans les excréments. Où sont l’élément déclencheur de la vingtième page, la surprise de la soixantième, et le retournement de la centième ? Peut-on encore financer des scénarii aussi atypiques et provocateurs ?

2 800 000 entrées

Intervenants : Michel Piccoli (Acteur), Manuel Alduy (Canal+), Martine Marignac (Productrice), Vincent Malle (Producteur)   Modérateur : Jean Douchet (Réalisateur, critique, enseignant),

 

HAPPINESS (1998)                                                                           
TODD SOLONDZ

dimanche 7 octobre - 15h10

Un film politiquement incorrect au financement alternatif. Un père de famille psychanalyste pédophile, un voisin qui colle des cartes postales avec son sperme… Qui oserait écrire cela en France ? Le producteur d’Happiness a longtemps fonctionné avec des fonds privés obtenus auprès de particuliers, ce qui lui a permis de financer en toute indépendance des projets comme celui-ci. Un fonctionnement similaire est-il imaginable en France ?

Vendu dans plus de 30 pays

Intervenants : Emmanuelle Bercot (Réalisatrice), Isabelle Dubar (Distributrice), Sylvie Hubac (Présidente de la commission de classification), Miléna Poylo (Productrice)  Modérateur : Lionel Delplanque (Réalisateur),

 

TESS (1979)                                                                        
ROMAN POLANSKI

dimanche 7 octobre - 19h10

Une fresque portée par l’audace d’un producteur. La plupart des films sont désormais préfinancés. Alors qu’il est de plus en plus difficile de compter sur une recette salle, qui accepterait aujourd’hui de se lancer dans l’aventure d’un film aussi ambitieux sans partir « couvert » ? L’opacité des remontées des recettes n’a-t-elle pas contribué à dévoyer le système de financement français ?

1 920 000 entrées

Intervenants : Jean Bréhat (Producteur), Dominique Crèvecoeur (Réalisatrice, membre de la commission d’agrément), Bertrand de Labbey (agent artistique, PDG d’Artmédia), Denis Freyd (Producteur)

Sous réserve : Pascal Rogard (Directeur général de la SACD)

Modérateur : Michel Ferry (Réalisateur)