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Men in Breizh : Ewen, Delahaye, Favennec Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sylvain Marcelli   
08-01-2008

Des (vrais) amis de trente ans ! Ils ont eu déjà mille vies, Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Melaine Favennec, mon premier comme conteur, mon deuxième comme chanteur pour les mômes, mon troisième comme musicien, peintre et poète. Bretons de toujours et pour toujours, ils n'ont jamais oublié leur rencontre, dans les années 70, sur l'air du "vivre et travailler au pays".

Complices, ils se retrouvent de temps à autre pour un spectacle ou un disque. Ainsi vient de sortir "Tri Men". C'est un bel album généreux et chaleureux que l'on écoute comme on vivrait une soirée au coin du feu. Interview des trois Men in Breizh, quelques jours avant leur concert à l'Olympia le 29 janvier, en première partie de Tri Yann.

 

Image

 

Le titre de l'album, "Tri men", est-ce de l'anglais ou du breton ?

 

Gérard Delahaye : Les deux mon général ! En breton : trois pierres. Mais c'est aussi de l'anglais : trois hommes, et cela marque bien  le fait que nous soyons trois personnes, trois artistes séparés et rassemblés à la fois, et non un groupe.
 
Melaine Favennec : Kan tri, le précedent album, c’était Gérard ; Tri Men, c’est moi. C’est en naviguant autour des Glénans que j’ai trouvé ce nom sur des cartes marines. J’ai tout de suite pensé à nous. Trois Rocs au large entourés par les même courants et reliés par le fond. Men en breton ça veut dire « pierre ». Si l’on pense en anglais ça fait trois hommes. Une petite fille de l’école Diwan qui est trilingue (français, breton, anglais) a traduit par "les arbres de Pierre". C’est plein d’imaginaire tout ça.

Patrick Ewen : J’attends le troisième album, qui s’appellera « KANMEN », peut-être, et hop ! c’est parti.

 

Quelle est l'origine de votre collaboration ? Racontez-nous votre toute première rencontre... Et la rencontre qui a vu la naissance du trio...

 

Gérard Delahaye : J'ai rencontré Patrik Ewen à l'hiver 68-69 au Folk Club du patronage Laïque Guérin, à Brest, j'animais les soirées « hootenanny » et il est venu chanter des chansons de Graeme Allwright. Nous sommes très vite devenus potes, et ensuite, en 71, nous avons  fait le saut ensemble pour devenir chanteurs. Ensemble encore, nous avons créé en 73 Névénoé, collectif de création et de production, où Melaine nous a rejoints en 74. Depuis, nous avons partagé pas mal de bouts de chemins ! Et vers la fin des années 90, après que chacun ait eu le temps de naviguer seul, nous avons eu une opportunité, dans un festival à Pont Croix, de faire un spectacle ensemble, non pas une « création » mais une « récréation »...Et depuis ça continue.

 

Melaine Favennec : Nos chemins se sont séparés, comme on dit, nous avons fait cavalier seul. Nous faisons toujours cavalier seul mais nous aimons aussi à chevaucher de front, tous les trois sur la même route depuis sept années maintenant.

Patrick Ewen : En 1968, ce fut la rencontre avec Gérard Delahaye, dans le club de folksong du patronage laique Guérin à Brest, un haut lieu de la dissidence culturelle à l’époque, et plus tard,  la création de la coopérative Névénoé, sous l’impulsion de Gérard…il faut le dire !!! Et puis, en 73 ou 74, la rencontre avec Melaine qui était passé me voir dans les Monts d’Arrée ; je me souviens qu’il avait chanté « La Veuve du sel vert ». J’étais tout à fait impressionné !

 

Comment s'est construit ce deuxième album ? Chacun amène-t-il ses textes et sa musique pour les mettre en commun ou fonctionnez-vous comme un groupe en créant chaque titre de manière collégiale ?

Gérard Delahaye : Ce nouvel album a été vraiment conçu pour le Trio, alors que le précédent, « Kan Tri », était plus construit sur des éléments préexistants. Nous apportons donc chacun une matière et une manière personnelle, qui est déjà un peu orientée : on se connaît très bien tous les trois, et on sait d'avance nos possibilités. Mais nous avons appris au fil des années à proposer des modifications et à les accepter aussi, ce qui n'était pas si facile au début ! En revanche, pour ce qui est de la mise en forme finale des chansons, arrangements, etc. chacun a un « droit de veto » : il faut donc que chacun d'entre nous soit parfaitement satisfait du résultat final, qu'il s'agisse des chants, des arrangements, de l'esprit...

 

Melaine Favennec : On a essayé d’imaginer et de composer ensemble, d’écrire à trois. C'est très difficile. Il faut une vision sincère et sensible. Elle ne peut être que personnelle mais parfois tout en étant très juste, elle peut être maladroite et c’est là que le travail en trio est un "plus". Chacun apporte son grain de sel ou ses épices mais ça ne détruit pas le plat.

Patrick Ewen : J’ai eu beaucoup de mal à écrire une chanson ("Sur le Port de Concarneau"), mais bon, enfin, elle a le mérite d’exister.

 

Vous assumez avec panache, et souvent avec humour, le registre "bretonnant". Revendication identitaire ou appartenance naturelle ?

 

Patrick Ewen : D’abord, le plaisir de manier la langue - quelque chose qui vient du fond du cœur ou du fond d’une autre vie peut-être !??

 

Melaine Favennec : Eh oui, nous sommes très attachés à notre culture mais nous revendiquons aussi le droit de rire car c’est le propre de l’homme. C’est pour aller vite et dire que le militantisme n’est pas exclusivement une opposition dans la lamentation.

 

Gérard Delahaye : A l'intérieur du trio, je me trouve totalement à l'aise dans mon identité, surtout avec ce nouvel album, dans les trois langues, avec des musiques et des textes qui nous appartiennent, mais que nous devons partager à trois, ce qui nous assure un « socle culturel et émotionnel » sufisamment large pour que chacun d'entre nous y trouve place. Pour moi la Bretagne est un espace naturel, culturel et poétique. Et donc politique, du même coup, puisqu'il est indispensable de trouver des fonctionnements qui lui permettent de respirer  de façon originale.


Pouvez-vous évoquer en quelques mots ce que représente pour vous la figure de Youenn Gwernig (auteur d'une des chansons de l'album, "Identity") ?

 

Gérard Delahaye : C'était un ami, d'abord, un « grand frère ». Mais aussi un artiste de talent, poète, plus que chanteur. Ayant vécu aux Etats-Unis, il a acquis de la Bretagne une vision large et planétaire, et cela lui donne une dimension unique.
   
Melaine Favennec : Youenn Gwernig était un copain de mon père et quand il venait à la maison, il parlait fort racontait des histoires et fumait la pipe. Pour moi c’était comme un acteur américain en noir et blanc. Quand je suis moi-même devenu poète et chanteur, il est devenu pour moi comme pour Patrik et Gérard, un grand frère.

Patrick Ewen : Youenn, celui qui revenait d’Amérique, de New York, avec cette extraordinaire vitalité, comme une jeunesse et des rêves qui ne l’avaient jamais quitté. 

Quel est, pour chacun, votre lieu préféré en Bretagne ?

Gérard Delahaye : Toute la Bretagne !

Melaine Favennec : Celui de mon enfance, le petit port de Doëlan, où j’ai souvent rêvé de voyage. Et celui où mes enfants ont grandi : La Torche avec le vent et les tempêtes de plein Ouest et les marches sur le sable fin de la baie d’Audierne.

Patrick Ewen :
En Bretagne, le Finistére, toujours mythique ! - surtout quand on le quitte -, et en Finistère, le village de Plounéour-Menez, là-bas dans les Monts d’Arrée, et peut-être aussi, le village de Saint-Jean du Doigt, au bord de la mer.

L'album dit aussi la nostalgie des "belles années 70" vécues par "trois vieux rebelles". Que retenez-vous de cette époque ? Regrettez-vous ces années-là et, si oui, pourquoi ?

Gérard Delahaye : Aucun regret, non ! Mais c'étaient les années de notre jeunesse, des années où l'avenir semblait très ouvert. Il s'est refermé depuis, semble t il. Mais c'est le présent et l'avenir qui comptent : sommes-nous encore fidèles à cette dynamique et aux valeurs de notre jeunesse ? Il me semble que oui... Et j'ai toujours l'impression de débuter, et que demain, « quelque chose va arriver ! ».

Melaine Favennec : Aujourd’hui nous avons plus de liberté d’entreprendre car l’informatique est un outil fantastique. Dans les années soixante dix, nous avions plus de liberté d’être. La nostalgie c’est juste pour tourner l’album de photos en rigolant.

Patrick Ewen :
Les années 70 représentent d’abord notre jeunesse. On n’a pas à regretter le passé, il est mort car on ne peut pas agir sur lui, mais il aura été la fronde qui lance notre présent (dixit Gérard Delahaye).

L'interview paraîtra dans "L'Interdit". Je vous pose donc notre question rituelle : quelle est votre définition du mot "interdit" ?

Melaine Favennec : La bonne définition est dans le Robert. Donc  je ne la donnerai pas. Par contre ce mot m’évoque deux formules. « Il est interdit d’interdire » slogan situationiste de 1968. Et la formule affichée au début du siècle sur les murs de Bretagne : « Il est interdit de cracher par terre et de parler breton ».

 

Gérard Delahaye : L'interdit va de pair avec la liberté. La liberté c'est une conquête contre l'interdit. « Il est interdit d'interdire » de 68, est une belle formule mais je ne la revendiquerais plus aujourd'hui. Car il faut aussi avoir la force d'admettre l'interdit comme une nécessité dans la construction de soi et de la société.
 

Patrick Ewen : « Il est interdit d’interdire », mais moi je pense : et encore, faut voir… parce qu’il faut poser parfois des interdits, mais valables pour tous, ce qui n’est pas toujours le cas en ce moment !!! Et toujours, quant à cette époque de 68, je pense à ceux qui toujours gardaient la fantaisie au bord des lèvres, au fond du cœur, et qui écrivaient sur les murs de la fac, à Rennes : « En raison de l’indifférence générale, demain est annulé ! »

 

 

P.S. Mille mercis à Nadège Boinnard sans qui cet article n'aurait pu voir le jour. 



  Commentaires (6)
Tri men
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 10-01-2008 07:56
Bonjour 
étant un inconditionnel de EDF, et ayant beaucoup apprécié l'interview, j'ai mis un lien sur mon blog pour l'indiquer à mes lecteurs 
cordialement
Bravo et merci
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 01-02-2008 12:40
Modérateur du forum du groupe Tri Yann, je transmets au trio EDF les remerciements de nombreux participants qui ont grandement apprécié la prestation du trio EDF. 
 
J'étais également dans la salle au tout premier rang et j'ai revu avec plaisir Patrick (toujours aussi fringuant) et ses deux "vieux frères" 
 
Je met également cet article en lien sur le forum
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 06-03-2008 19:01
je suis michel LE BRUN et aimerai entré en contact avec Patrick EWEN copain de régiment à ANGERS en 1968 - si possible me donner sont e-mail pour correspondance. j'en serais extrêmement ravi j'espère que ce message ne restera pas sans réponse à +
à patrick ewen
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 07-04-2008 21:45
je l'ai découvert avec beggin I'will go album superbe que j'ai prêté à un ami mais n'ai jamais récupérer  
je cherche cet album désespérément depuis  
 
cher patrick !!! pourquoi ne pas le refaire en CD pas que pour moi mais pour le bien de la communauté  
 
marci
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 29-06-2008 05:12
Bonjour à tous, 
 
Ayant travaillé sur l'album Tri Men je suis en mesure d'aider quelque uns d'entre vous. 
 
Michel, je vais communiquer ton adresse email à Patrick, sinon ses coordonnées sont facilement trouvables (je t'aide, c'est jaune et il y a des pages dedans). 
 
Alexandre, sache que le vynil est épuisé depuis belle lurette et ne sera pas réédité. Même Patrick à du l'empreinter à une connaissance. Toujours est-il que le passage sur cd est une idée qui plane depuis un moment (on va essayer de le pousser un peu) et de plus Patrick à fait un essai de spectacle de ballades écossaises récemment, donc peut-être (je dis bien peut-être) un nouveau spectacle pourra en surgir et donc éventuellement un cd avec les fameux titres de son premier album. 
 
Sur ce, porter vous bien et révez.... peut-être. 
 
Elvin 
 
PS: un site ou au moins un blog est prévu pour bientôt, guéttez l'info.
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 14-09-2008 14:45
Bonjour,  
Jer cherche depuis des années le titre d'une chanson d'EDF (découverts sur TV Breizh)où ils fustigent Total, Fina et Elf. 
Quelqu'un aurait le titre ? 
Merci !

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