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Marie-France, cabaret punk Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Alias   
15-12-2000

La partie "Alcazar" de sa vie est contée dans la rubrique Alain Z.Kan. Depuis lors elle sortit un disque en 1997, époque de l'entretien qui suit, et en annonce un autre sous peu. Ce sera l'occasion pour nous d'ajouter quelques paroles récentes de la divine diva rock à ce dossier !

 

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Photo : Mila Reynaud.

 

Sauf erreur de ma part, c'est la première fois que tu signes des paroles et des musiques ?

C'est la première fois que je signe des paroles et des musiques sur un disque. J'adore faire surtout des adaptations. Pendant un moment j'avais un copain anglais qui s'appelait Euston Jones, qui avait fait un album chez Virgin, je bossais avec lui et il m'apportait des chansons qu'il écrivait, j'adorais les adapter en français parce que les thèmes me plaisaient beaucoup. 

 

Rock and Folk situe ton album entre Jeanne Moreau et Patti Smith, qu'en penses-tu ?

Je trouve cela très flatteur ! Bon il  y a quelque chose, c'est vrai, si je cherche à analyser, Jeanne Moreau fait partie de mon univers, j'adore tout ce qu'elle fait, j'adore sa voix, sa façon de chanter et les textes qu'elle chante. Patti Smith j'adore aussi, j'ai toujours aimé évidemment, j'ai aimé quand tout le monde l'aimait et je l'aime toujours, je l'ai vue il n'y a pas longtemps encore à l'Olympia. Je trouve que la comparaison est très sympa, effectivement il y a quelque chose de ça, c'est vrai que moi il y a une dimension très rock dans ce que je fais, même quand je chante des chansons très légères, il y a cette dimension là, surtout en scène.

 

J'allais justement te demander si tes concerts étaient de l'ordre de la chanson, du rock, du cabaret...

C'est un mélange de tout ça. Déjà moi, mon univers c'est ça, c'est les chanteuses, depuis Yvette Guilbert, Marie Dubas, Piaf évidemment, surtout des chanteuses des années 30 comme Damia, et puis aussi Lucienne Boyer par exemple qui a une voix très très fine, d'ailleurs la première chanson que j'ai chantée dans ma vie c'était "Parlez-moi d'amour". Et puis il y a aussi des Lucienne Delille, des chanteuses des années 50, et bien sûr Jeanne Moreau, Bardot... Et après j'ai enchaîné avec le rock, la pop, ce qui fait qu'on peut dire que ça fait penser à Jeanne Moreau et à Patti Smith ! Sans que j'ai à chanter comme Patti Smith... Ce qu'il y a aussi c'est Yan Péchin avec qui je travaille, qui est carrément imbibé de musique, de rock'n'roll, et aussi de toutes les musiques du monde. C'est un minitel de la musique, lui. Il connaît les noms, l'histoire de chacun des musiciens, c'est inimaginable. Donc lui m'a apporté cet univers très musical, très blues, très rock. Et moi le mien est parfumé de ça mais vient beaucoup aussi des chanteuses à texte, des chanteuses de charme, réalistes, donc ce mélange donne ce qu'on fait tous les deux.

 

Et comment parvient-on à ensorceler des artistes aussi différents que Bijou ou Marc Almond ?

Alors ça c'est le grand mystère ! Ca je sais pas, c'est merveilleux ! Je suis moi-même, je ne pense pas que je les ensorcelle, c'est dans moi, je ne décide pas de séduire mais quand je parle à quelqu'un dans le métro je suppose que je le charme aussi !

 

Comment s'est passée la collaboration avec Daniel Darc ?

Daniel Darc c'est un vieux pote, on se connaît depuis toujours, on était même voisins à Paris, j'habitais à cinq numéros de chez lui, on fréquentait les mêmes endroits, et puis moi j'aime Daniel, il est extrêmement attachant et il a un talent fou. Quand j'ai décidé de faire ce disque j'avais très envie de lui demander de m'écrire des textes et il a accepté tout de suite.

 

Tu as des souvenirs de la scène punk parisienne, tu étais par exemple sur la pochette d'un 45 tours de Gazoline ?

Oui parce qu'Alain Kan était aussi un vieux pote, je l'ai connu à l'Alcazar où on travaillait tous les deux, ensuite il a fait sa route, moi la mienne, et puis on s'est retrouvés quand il avait son groupe et que j'avais enregistré mon premier 45 tours; il m'avait demandé de faire une photo avec lui pour une pochette et puis on aurait pu se voir beaucoup plus mais il se trouve qu'il a disparu, comme tout le monde le sait...

 

As-tu des idoles ?

Mon chat persan et mon cocker : Ulanie, Madame chat persan chinchilla, et Charlotte, petit cocker américain. Autrefois j'ai eu des idoles, des grandes dames du cinéma, de la chanson... Mais aujourd'hui je n'ai pas d'idoles. Sauf peut-être Tonio La Negra, chanteuse Sud Américaine des années 50.

 

On t'as vue dans des films de réalisateurs prestigieux (Duras, Techiné, Arietta...), pas d'escapades cinématographiques en ce moment ?

Si, des projets, mais je préfère ne pas en parler parce que rien n'est fait. J'aimerais beaucoup, ça me manque énormément de ne pas faire de cinéma ou de théâtre en ce moment, mais de toutes façons avec la sortie de l'album je n'aurais pas le temps.

 

Dans la vie de tous les jours, tu es plutôt guillerette ou plutôt mélancolique ?

Dans la vie de tous les jours, je suis au top du bonheur ! Pour moi, la vie de tous les jours c'est une aventure sans cesse renouvelée. Je ne suis jamais triste. Rêveuse à la limite. Une grande rêveuse. Je peux rester des heures à rêvasser, à regarder les nuages passer, ça oui, mais je médite, je suis positive ! J'adore la vie, j'adore les gens, j'ai une passion pour les animaux et la nature.

 

Et comment peut-on t'attendrir à coup sûr ?

Etre sensible à mon travail, ou avoir les mêmes idées que moi sur certains points de vue, par exemple les animaux, la nature, les rapports humains, la recherche artistique.

 

Tu as parlé plusieurs fois d'animaux, tu es végétarienne ?

Oui, depuis très très longtemps, mais hélas par périodes, parce que je suis végétarienne de nature mais c'est très très difficile de rester végétarien dans ce monde, quand on habite une ville, qu'on travaille, pour les rapports conviviaux aussi, quand on va manger chez des amis ou qu'on a envie de les inviter chez soi et que ce sont des gros mangeurs musicos... J'espère qu'on va avancer dans ce sens et que les gens vont s'ouvrir un peu à ça, parce qu'on a trop l'image des gens et de la cuisine végétarienne comme un peu sectaire et triste, alors que pas du tout. Il y a moyen de faire des repas délicieux et riches et très variés en étant végétarien, mais il faudrait qu'on soit un peu aidés, qu'il y ait plus de magasins, de restaurants, de culture là-dessus, on devrait en parler beaucoup plus. Parce qu'en plus tout le monde maintenant est en train de dégueuler sur la viande, avec toutes ces histoires de maladies d'animaux et tout çà, tout le monde a envie de quelque chose de nouveau, mais personne ne fait encore le pas d'expliquer aux gens qu'il faut laisser les animaux en paix et manger des graines, des légumes, des tas de choses...

 

Tes chansons en général et "Deuxième tiroir" en particulier donnent une idée de profondeur à découvrir, peut-être à mériter, derrière une apparente superficialité...

Exactement. Je veux dire par là que les fesses c'est bien beau mais il n'y a pas que ça dans la vie ! J'aime beaucoup m'amuser, j'aime beaucoup le sexe, mais il ne faut pas non plus croire qu'il n'y a que ça dans les rapports avec quelqu'un, avec une histoire d'amour par exemple...

 

Qui donc t'es apparu "les bras grands ouverts" ?

En fait ça m'est venu comme ça, Yan a commencé à jouer, j'ai chanté et écrit la musique avec lui, et c'est venu comme ça... alors je suppose que j'ai écrit ça en général pour les gens qui m'aiment. D'ailleurs j'ai écrit "vous" pas comme un vouvoiement mais comme un pluriel, pour tous les gens qui me reconnaissent et me soutiennent. Je l'ai écrit aussi peut-être un peu pour Yan Péchin; quand je l'ai rencontré, j'avais travaillé pendant quatre ans sur un album qui n'est jamais sorti et j'étais un peu écoeurée de tout ce milieu de showbizz puant et prenais presque la décision de partir. Et puis j'ai rencontré Yan Péchin, qui a commencé à écouter de la musique à 5 ou 6 ans, qui connaissait tout des Stones, Velvet, Neil Young, etc, qui a appris la guitare tout seul, qui très vite a fait partie de groupes de rock et est devenu très vite professionnel en travaillant d'abord pour plein de filles dans le genre Sylvie Maréchal, Buzy, etc. Puis il a été le guitariste de Carole Laure, de Jill Caplan, dernièrement il a accompagné Vartan, il y a trois jours il jouait avec Garland Jeffreys à Canal +, et entre nous ça a collé tout de suite, et au début il a drivé complètement tout, je l'ai laissé faire parce qu'il était complètement motivé et que je trouvais ça merveilleux de rencontrer quelqu'un qui m'apporte tout d'un coup cent fois plus que je n'espérais. Et maintenant on est branchés sur la même longueur d'onde. Même si ça n'est pas facile au départ d'entrer dans mon univers : lui il est rocker dans l'âme et moi je suis aussi une actrice, une artiste de cabaret, de théâtre, de plein de choses que je ne peux pas gommer. Je suis obligée de me servir de toutes ces cartes et d'en faire une seule chose avec sa musique.

 

UN DISQUE 

 

Marie-France, Last Call Records

 

D'inspirer les réalisateurs (c'est elle qui chante dans Barocco et Les Innocents  de Techiné, l'une des chansons, "On se voit se voir"Marie-France" et l'accompagne sur l'album 39° de fièvre, elle est figure de proue sur le 45tr de Gazoline...), les photographes (Pierre et Gilles en font leur muse de prédilection : La voyante, Le purgatoire, Le mystère de l'amour...), les nightclubbers (Alain Pacadis ne parlait que d'elle dans son Jeune Homme Chic), les chanteuses (Lio la pompa outrageusement, avec la complicité d'Alanski, responsable des chansons originales et des copies), et chanteurs (Marc Almond collabore régulièrement avec une connivence jamais démentie), ne lui fait pas tourner la tête. Elle se contente de "danser sans bouger, bras écartés comme faisait Sedwick Edie", autre fatale mythique, sur des paroles de Daniel Darc. Et abandonne définitivement à d'autres le créneau sexy acidulé au profit d'un timbre de voix chatoyant et moiré, d'une personnalité plus riche, plus complexe. Sa légèreté et son humour inspirent toujours le sourire, mais certains thèmes qui lui conviennent très bien attirent aussi aujourd'hui le respect. Comme la superbe chanson sur laquelle elle choisit de nous quitter, "Le 2ème tiroir" (une chanson de Juliette Desurmont, la complice de Mirwaïs, lequel est aux commandes du disque) : "Ne t'imagine pas que dans ce tiroir-là se trouve ma vie entière... Dans le 2ème tiroir, il n'y a pas tout mon moi". Un moi à chercher de ci de là, dans les nuits orientales de "Shéhérazade" ou du côté de la belle blonde de Paris, Texas, comme peuvent le suggérer les arrangements du premier titre. Un moi que l'on approche peut-être encore plus quand on bavarde avec elle de rêveries, d'amis ou de son petit cocker. Ses passions ne sont pas que coquines, et il y a beaucoup d'espièglerie dans sa séduction. C'est peut-être ce qui la rend si irrésistible.

Alias, première parution dans Presto ! , juin 1997