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Écrit par Cécile Soulé   
16-07-2002
Installée depuis quelques mois à Tahiti, notre correspondante, venue de la métropole, nous livre ses impressions. Si les paysages sont paradisiaques, la société polynésienne semble verrouillée par un système de castes et de clientélisme politique.

 

A comme Archipels et atolls

La Polynésie française est composée de cinq archipels étendus sur une surface grande comme l’Europe. Soit plus de 130 îles. L’archipel le plus peuplé, c’est les îles de la Société dont l’île la plus connue et la plus vaste est Tahiti. Elle a une petite sœur aux paysages plus sauvages : Moorea, à 25 km à l’ouest. Les îles de la Société comprennent aussi la célèbre Bora-Bora, “ la perle du Pacifique ”, hélas gangrenée par une exploitation touristique outrancière mais aussi Raiatea, Tahaa, Maupiti et Tupai.

L’archipel des Tuamotu est entièrement composé d’atolls, 76 en tout. Les plus petits, d’une circonférence d’à peine une vingtaine de kilomètres, sont peuplés de moins de cinquante habitants. Les gens y vivent de la pêche et de l’exploitation des cocotiers.

Les îles Gambier, au nombre de quatre, forment aussi un archipel. Un petit archipel à 1600 km au sud-est de Tahiti qui porte encore les marques d’une évangélisation catholique très poussée. Les îles Gambier sont connues pour leurs églises en pierre (une dans chaque île) érigées au XIXe siècle.

L’archipel le plus au sud est celui des Australes, composé de cinq îles. Ce sont des îles plus fraîches et plus venteuses que le reste de la Polynésie. Elles se rapprochent davantage par leur latitude d’un climat tempéré. On peut par exemple y faire pousser des pommes de terre. Rurutu est appelée le grenier de la Polynésie car on y cultive de nombreux légumes et fruits.

Enfin, dernier archipel, celui des Marquises. Les Marquisiens sont aux Tahitiens ce que les Méridionaux sont aux Parisiens : ils ont un accent chantant, et sont encore très attachés à leur culture traditionnelle. Les Marquises sont composées de treize îles, véritables massifs montagneux qui se dressent dans l’océan. Sur Hiva Oa est enterré Jacques Brel. C’est là aussi qu’à vécu Paul Gauguin.

 

B comme bringue

Les Polynésiens aiment faire la fête. Ils appellent ça faire la “ bringue ” (prononcer le mot en rouler légèrement le “ r ”). Très résistants à la fatigue, ils peuvent tenir 24 heures non stop voire davantage. Pour faire une bonne bringue, il faut des amis, de la bière (c’est l’alcool le plus consommé ici, les Polynésiens se classent d’ailleurs parmi les plus gros consommateurs de bière au monde) et un lieu agréable - de préférence au bord de la mer. Il y a très peu de bars en Polynésie. Les gens font la fête chez eux mais aussi au bord de la route, sur un parking, accoudés aux portières de leur voiture, qui crache grâce à une sono très puissante une musique entraînante, locale ou américaine, quelquefois française.  

 

C comme cocotier

Le cocotier est un arbre providentiel. Son fruit n’a pas besoin d’être cueillie : la noix de coco tombe toute seule, recèle une eau de coco très rafraîchissante, à boire à même la noix après y avoir creusé un petit trou. On peut également manger la chair blanche de la noix de coco, la presser pour recueillir le lait ou la laisser macérer pour produire du coprah, l’une des ressources économiques les plus importantes pour de nombreux Polynésiens. En le faisant sécher au soleil pendant une semaine ou deux, puis en le broyant en farine, en le chauffant à 125°C et en le pressant, on tire du coprah une huile de coco appelée aussi monoï (voir à la lettre M). Le coprah est l’une des principales sources de revenu dans les Tuamotu. Aujourd’hui, c’est un secteur en crise. Mais le gouvernement polynésien subventionne l’exploitation du coprah pour éviter l’exode de ces populations vers Tahiti (la Polynésie compte 250 000 habitants dont 140 000 habitent Tahiti).

 

D comme demi

Un Demi, en Polynésie, c’est un ou une métisse issu d’un mélange franco-polynésien ou sino-polynésien. En effet, l’arrivée de colons européens à la fin du XIXeme siècle et de travailleurs chinois au début du XXeme siècle ont créé des métissages. Les Demis forment la caste dominante de la société polynésienne. Ils sont extrêmement présents dans le monde politique, car ils maîtrisent tout autant les codes de fonctionnement des sociétés occidentales et polynésiennes. Les Demis et les Polynésiens “ de souche ”, nommés aussi Ma’ohi, forment un même groupe ethnique, largement majoritaire. Les Chinois et les Métropolitains forment deux autres groupes ethniques distincts. Les Métropolitains sont communément appelés Popa’a. C’est le nom donné par les Polynésiens aux “ blancs ”.

Même si les relations entre les différentes communautés sont paisibles, il existe des tensions sous-jacentes qui parfois ressurgissent avec violence. Dans un ouvrage dirigé par Bernard Poirine (un universitaire économiste spécialiste des questions insulaires), ouvrage intitulé Tahiti, du melting-pot à l’explosion ?, on peut lire ces propos (tenus par un auteur local, M. Anihi) :  “ L’invasion du Territoire par d’autres civilisations et le brassage rapide de cette population pluri-ethnique ont modelé au cours des trente dernières années une société nouvelle dans laquelle prédomine la caste des “ Demis ”. Même minoritaires, ceux-ci détiennent les rênes du pouvoir. […] Il y a eu une évolution avec l’arrivée du CEP (Centre d’expérimentation du Pacifique) et des métropolitains, et les Demis considèrent d’un mauvais œil ces métropolitains qui peuvent remettre en cause leur pouvoir. Aussi, s’appuyant sur les Ma’ohi “ ignorants ”, les Demis ont dressé les Polynésiens contre les Popa’a et les Chinois menaçant les privilèges de la caste, d’où l’existence d’un racisme latent ”.

 

E comme églises

Malgré une présence française depuis un siècle et demi, la Polynésie n’a pas hérité d’une conception laïque de la société. Ici, le christianisme règne en maître, sous pratiquement toutes ses formes hormis sous la bannière orthodoxe. Les premiers mots de l’hymne polynésiens sont : “ Notre pays est né de Dieu… ”. Pratiquement tous les Polynésiens vont à l’église le dimanche matin. Le 5 mars et le Vendredi saint (qui tombe généralement fin mai) sont des jours fériés. Le 5 mars correspondant à l’arrivée de l’Evangile à Tahiti… Les églises ont une forte influence sur la population. Elles exercent un rôle social important et parfois un rôle de contre-pouvoir politique. L’église protestante évangélique a par exemple été active dans un front d’opposition aux essais nucléaires. Les protestants sont les plus nombreux, héritage d’un passé colonial britannique avant d’être français. Ils représentent les deux tiers de la population. Il faut ajouter à cette communauté protestante qui se réclame de l’Eglise réformée d’autres Eglises protestantes comme les Mormons, les Adventistes du septième jour, autre Eglise américaine extrêmement radicale dans sa conception de la foi : il est interdit de consommer des aliments “ impurs ” (porc, crustacés, poisson sans écailles), de l’alcool, du tabac et du café. La secte des Témoins de Jéhovah est également implantée à Tahiti, et ce depuis déjà quarante ans. Les catholiques sont minoritaires, ils représentent moins d’un tiers de la population. Il existe aussi deux petites communautés juives et une boudhiste mais paradoxalement, beaucoup de Chinois de Polynésie sont catholiques ou protestants.

 

F comme Franc Pacifique

Son cousin d’Afrique, le Franc CFA, est beaucoup plus connu. Le Franc Pacifique, utilisé en Polynésie française mais aussi en Nouvelle-Calédonie est pourtant toujours en vigueur. Même après l’arrivée de l’euro. Le gouvernement du Territoire n’a pas souhaité passer à la monnaie européenne. Imaginez les gymnastiques mathématiques des Métropolitains qui habitent Tahiti et qui débarquent en France depuis l’arrivée de l’euro ! Il est courant que des personnes déclarent gagner un million de francs par mois à Tahiti… Il s’agit souvent de fonctionnaires. En effet, toute personne payée par l’Etat français à Tahiti touche pratiquement le double de son salaire. C’est ce qu’on appelle l’indexation. Une mesure mise en place pour inciter les Métropolitains à venir travailler en Polynésie française, lorsque ce territoire d’Outre-Mer était encore une colonie accessible seulement après six mois de bateau.

 

G comme Gaston Flosse

Gaston Flosse, c’est tout un poème. Président du gouvernement du Territoire, tour à tour maire d’une importante commune de l’île, député, sénateur, n’hésitant pas à cumuler certaines de ces fonctions, ce grand ami de Jacques Chirac - il dirige le RPR local - est un homme rusé. Il a su construire un système politique dans lequel il est le roi, le chef incontesté. Tout le monde ici l’appelle “ président ”. Son parti détient pratiquement toutes les clefs du pouvoir : une majorité confortable à l’Assemblée de Polynésie (28 conseillers sur 49), deux députés élus début juin dès le 1er tour, une quarantaine de communes sur 48. C’est donc lui qui distribue l’énorme budget accordé par l’Etat. Budget auquel il faut ajouter le Fonds de reconversion pour la Polynésie française, destiné à compenser le retrait de l’armée française pour les essais nucléaires, soit 151 millions d’euros depuis 1996. Ce Fonds sera versé pendant dix ans au minimum.

Tenir les cordons de la bourse permet à Gaston Flosse de favoriser les communes ralliées au détriment des autres. D’où des “ conversions ” politiques observées auprès de quelques conseils municipaux polynésiens. Par ailleurs, Flosse contrôle une télévision territoriale qu’il a lui-même créée et une radio territoriale, tandis que le quotidien de l’île (groupe Hersant) est plus que bienveillant à son égard. Et voilà, la boucle est bouclée : l’auto-promotion est assurée !

Métisse français/polynésien, Gaston Flosse caresse chacune des communautés dans le sens du poil. Partisan de l’autonomie vis-à-vis de la France, il ne se distingue pas vraiment du leader indépendantiste. Autonomie et indépendance se traduisent par le même mot en tahitien : “ tiama ”.  Mais il dit les choses avec plus de diplomatie. Les Polynésiens ont une bonne image de lui : c’est un chef, un vrai, qui prend des décisions, qui fait parler de la Polynésie. Les habitants sont pour cela prêts à lui pardonner ses casseroles, trois condamnations pour abus de biens sociaux et trafic d’influence et… treize mises en examen.

 

H comme Heiva

C’est la plus grande fête populaire de Tahiti. A cette occasion sont organisés de nombreux concours de chant, danse, course de pirogue, concours de porteurs de fruits, etc. Le Heiva symbolise la restauration de la culture polynésienne, après un siècle et demi d’interdits coloniaux. Exemple : en 1820, les danses traditionnelles sont interdites par les missionnaires. Motif : il s’agit d’une “ gestuelle obscène entraînant la débauche sexuelle ”. La danse ne reprendra son droit de cité qu’au début du 20e siècle (la France prend possession de Tahiti en 1880). Le grand Heiva de Tahiti a lieu tous les ans au mois de juillet. Des centaines de personnes, des amateurs pour la plupart, y participent, par le chant ou par la danse, pour le plaisir de renouer avec leurs traditions et de faire la fête.

 

I comme IVG

Une question sensible ici en Polynésie. C’est seulement fin 2001 que l’IVG a été légalisée et est devenue remboursable par la Sécurité sociale sur le Territoire, alors que la loi Weil a été adoptée par l’Assemblée nationale en… 1975. La métropole a très tardivement tapé du poing sur la table pour que la loi soit appliquée aussi en Polynésie. L’influence des églises n’est pas étrangère à ce retard.

 

J comme jardinage

Quelque que soit l’île que vous visitez, les jardins attenant aux maisons sont soigneusement entretenus. Pelouse fraîchement tondue, arbustes à fleurs bien dégagés, mis en valeur. De même, les habitants entretiennent avec le même soin le bord des routes devant chez eux. Les tondeuses à gazon ne restent pas dans les remises ! C’est sans doute un trait caractéristique des Polynésiens qui adorent le jardinage. En fait, la terre est considérée comme un bien très précieux en Polynésie. Sans doute à cause de sa rareté.

 

K comme Points-kilométriques ou PK

A Tahiti, et dans toutes les îles de Polynésie (excepté les Marquises), le réseau routier est très simple : un axe principal, qui fait le tour de l’île et quelques routes qui montent dans des vallées mais qui sont de toute manière des culs de sac. PK 0, PK 8, PK 11,7, etc. Toutes les distances sont donc calculées à partir d’un point, à Tahiti, depuis Papeete. Ce sont les points kilométriques ou PK. « J’habite à PK 11 ». « Cette entreprise se trouve à PK 40 ». Et une plage porte même le nom de PK 18. Voilà comment on se repère en Polynésie. 

 

L comme lagon

La Polynésie, il y a bien longtemps, était composée de volcans en feu. Ceux-ci se sont éteints. Après s’être refroidis, ils ont été grignotés par l’érosion. Puis se sont lentement enfoncés dans le sol. Du corail a ceinturé l’île (corail frangeant) puis a continué à pousser sur lui-même à mesure que l’île s’enfonçait sur elle-même, créant le récif ou barrière de corail. C’est cette partie entre la montagne et la barrière de corail que l’on appelle le lagon. Derrière, c’est l’océan. C’est une partie souvent peu profonde, complètement paradisiaque, d’un bleu turquoise jouant selon les profondeurs et la lumière du soleil avec le vert émeraude et le bleu roi et dans laquelle jouent des milliers de poissons. Véridique. Il y a deux cas de figure : avec le temps, soit les crêtes les plus hautes du volcan émergent au milieu du lagon soit le volcan a complètement été englouti. Dans ce dernier cas, la terre ferme ne se trouve qu’au-dessus de la barrière de corail. C’est une bande de terre assez sommaire, avec du sable et des cocotiers, et quelques habitations parfois.  Tout autour, ce n’est que de l’eau. Le lagon à l’intérieur du cercle de terre, l’océan à l’extérieur. C’est ce type de configuration géographique que l’on appelle un atoll.

 

M comme monoï

Le monoï, c’est cette huile pour le corps dont Loana “ du Loft ” va désormais faire la promotion : non, ce n’est pas une blague ! Le monoï est une huile extraite de la noix de coco. Dans la plus pure tradition, cette huile est parfumée au tiare, la fleur emblématique de la Polynésie, blanche et très odorante. Le monoï authentique de Tahiti est aujourd’hui valorisé grâce à une appellation d’origine contrôlée. Il est en général estampillé d’une petite phrase du genre “ véritable monoï de Tahiti ”.

 

N comme nucléaire

Les essais nucléaires ont commencé en 1966 à Mururoa. Il s’agissait d’essais à ciel ouvert. En 1972, l’armée a commencé des essais souterrains. Les derniers essais ont eu lieu en Polynésie en 1996. Officiellement, c’est-à-dire selon l’armée, les essais nucléaires n’ont endommagé ni l’environnement ni la santé des Polynésiens. Une version contestée par plusieurs associations locales qui comptent parmi leurs membres des anciens employés du Centre d’expérimentation du Pacifique (la structure de logistique des essais) ayant contracté des cancers.

Sur le plan social, l’implantation du CEP a profondément modifié la société polynésienne. L’arrivée massive de militaires et de leur famille a créé une économie nouvelle surtout à Tahiti. La population tahitienne a énormément augmenté, gonflée à la fois par la venue de métropolitains mais aussi d’habitants des autres îles venus chercher du travail dans le pôle économique de la Polynésie. Et depuis l’arrêt des essais nucléaires en 1996, la France verse à la Polynésie un Fonds de reconversion économique de 151 millions d’euros.

Une association des anciens travailleurs de Mururoa et de Fangataufa lutte pour la reconnaissance de certaines maladies dont des cancers liées à leur travail sur les sites des essais nucléaires mais l’Armée refuse de les indemniser. Une dernière enquête officielle a été réalisée l’an dernier. Ses conclusions : circulez, il n’y a rien à voir.

 

O comme obésité

Si vous cherchez la belle vahine, vous allez être déçu : elle ne court pas les rues. Ici, 30 % de la population est obèse et 40 % souffre de surpoids. Ce qui signifie que les deux tiers de la population polynésienne connaît des problèmes de poids. Ajouter à cela un taux de prévalence du diabète de 18%, l’un des plus élevés au monde. Pourquoi cette situation assez alarmante ?

Il faut y voir la conséquence des changements de repères sociaux et culturels. Jadis, les Polynésiens allaient souvent pêcher, ils marchaient beaucoup dans les vallées pour aller cueillir les fruits ; aujourd’hui, ils travaillent pour la plupart dans un bureau, ont une grosse voiture qui les porte de leur maison à leur travail et ils ont des supermarchés en bas de chez eux avec des aliments pleins de calories faciles à consommer alors que les plats traditionnels sont longs à préparer. Comme les Polynésiens sont plutôt du genre gourmands… Les changements ont été si rapides que les familles, surtout celles des milieux populaires, n’ont pas une culture de l’alimentation équilibrée.

 

P comme pirogue

C’est sans doute sur des grandes pirogues que les ancêtres des Polynésiens ont émigré de l’Asie du Sud-est vers les îles du Pacifique sud. C’est sur des petites pirogues que les pêcheurs allaient autrefois pêcher (aujourd’hui ils ont des bateaux à moteur appelés Poti Marara).

Et c’est aussi sur des pirogues à une ou six places que les Polynésiens pratiquent le sport le plus populaire sur le Territoire : le va’a. Entre midi et deux, beaucoup de Polynésiens vont ramer, le week-end aussi, pour s’entraîner pour les prochaines courses. Des courses qui rassemblent beaucoup de monde, beaucoup de sponsors, beaucoup d’enthousiasme et de passion. La plus grande course est organisée au mois d’octobre à Bora-Bora. C’est l’un des grands évènements de l’année avec le Heiva et le Carnaval. Si vous êtes amateur de football, vous aurez remarqué que le joueur de Nantes Marama Vahirua, originaire de Tahiti, fait le geste du rameur pour montrer sa joie dès qu’il marque un but.

 

Q comme Quatre fois quatre (4X4)

Il n’y a que ça sur les routes de Polynésie : des 4X4 tous plus gros les uns que les autres. Il est vrai que c’est un véhicule assez adapté à la Polynésie, surtout aux Marquises où il n’existe pratiquement pas de routes goudronnées. Malgré tout, il y aussi beaucoup de frime. C’est à celui qui aura le plus rutilant, le plus cher, le modèle le plus récent.

Vous serez étonné de voir des gens vivant dans des petites maisons modestes être propriétaires d’un gros 4X4 tout neuf. Même s’ils ont des revenus modestes, les Polynésiens achètent leur voiture à crédit et s’endettent sur 10 ou 15 ans. Le nombre de voitures vendues par mois sur le Territoire est affolant.

 

R comme Rae Rae

Les Rae Rae sont des hommes-femmes. En Polynésie, l’homosexualité est traditionnellement beaucoup mieux acceptée qu’en métropole. Même si, de plus en plus imprégnés par la vision occidentale, les jeunes Polynésiens sont moins tolérants envers les Rae Rae. Ces derniers vivent une vie pas toujours rose, où la drogue et la déprime mènent certains au suicide.

Les Rae Rae sont apparus avec l’arrivée du CEP (Centre d’expérimentation du Pacifique) et tous les militaires venus en Polynésie pour les essais nucléaires. Alors que peu de femmes étaient “ disponibles ”, ces hommes se sont rendu compte qu’ils pouvaient gagner de l’argent en se prostituant pour ce contingent militaire.

En fait, les Rae Rae, souvent travestis et prostitués, sont les successeurs des mahu. L’on confiait autrefois aux mahu, souvent l’aîné d’une famille, des tâches de femme, c’est-à-dire les tâches domestiques. On dit que c’était une manière de préserver des hommes de la guerre dans une société très sanglante où les rivalités entre grandes familles étaient nombreuses. Beaucoup de livres ont été écrits là-dessus et le grand écrivain Vénézuélien Mario Vargas Llosa s’est lui-même intéressé au sujet lors de son passage à Tahiti. Il a notamment écrit un grand article sur les Rae Rae dans El Pais (le grand quotidien espagnol) en mars dernier. 

 

S comme surf

Même si le surf n’est pas le sport le plus populaire à Tahiti (il est détrôné par la pirogue), il y a foule de spots. L’eau étant à plus de 25°C, on peut surfer toute l’année sans combinaison. Car on a l’embarras du choix : on peut surfer sur des fonds sableux ou sur des fonds coraliens, le récif, le reef. Pour les surfers, cette dernière option, c’est le top : une vague parfaite, régulière, réservée aux surfers confirmés, car au moindre faux pas c’est la tête la première sur le récif - ce qui peut être mortel, surtout quand les vagues sont très grosses. Teahupoo est le site de surf le plus connu de Tahiti : on dit que c’est la plus belle gauche du monde avec Pipe Line à Hawaii.

 

T comme tôt

En Polynésie, le soleil se lève vers 5h30 et se couche à 17h30 environ. Les gens vivent en fonction du soleil et se lèvent donc très tôt. Les embouteillages à Papeete commencent vers 6 heures le matin. Et même le dimanche, les gens se lèvent très tôt pour aller au marché et rentrer pour la messe. Il est vrai que le matin, c’est le meilleur moment de la journée. Il fait encore frais et les lumières sur le ciel et la mer sont magnifiques. Le soir, on se couche tout aussi tôt, vers 19h. Bien sûr, ce n’est pas le cas de tout le monde mais après une bonne journée de travail, on fait rarement long feu après 22h.  

 

U comme Ukulele

Le célèbre Ukulele est une guitare à quatre cordes incontournable dans toutes les musiques polynésiennes. Il n’est pas rare d’entendre des gens jouer du ukulele au coin d’un carrefour ou sur une plage. Et dans les fêtes, l’instrument est toujours présent. C’est la clef d’une soirée réussie.  

 

U comme université

La Polynésie compte 1% d’étudiants, soit un étudiant pour 98 habitants, alors qu’en métropole, il y a un étudiant pour 40 habitants. Les jeunes ne sont pas nombreux à fréquenter l’université : ils sont un peu plus de 2 000, alors qu’il y a un potentiel de 5 000 à 6 000 étudiants en Polynésie. Mais les chiffres sont encourageants avec une augmentation de 100 inscrits par an. Depuis dix ans, il existe une université en Polynésie qui compte des filières littéraires, de droit et de sciences. Mais seulement jusqu’au DEUG ou la licence. Après, il ne reste que quelques maîtrises et un DEA. Le gouvernement du territoire essaie de redresser la barre en se consacrant un peu plus à l’éducation sur le Territoire.

E effet, la situation est problématique. Le nombre de bacheliers est beaucoup moins important qu’en métropole, avec une prédominance de bacs STT (bacs professionnels). Beaucoup d’élèves arrêtent après la troisième. Le taux d’échec au DEUG est l’un des plus élevé de France. Aussi le manque de formation est-il l’un des problèmes majeurs de la Polynésie. Très peu de Polynésiens accèdent au stade du CAPES. Il manque donc chaque année environ 1 000 professeurs sur le Territoire, un vide comblé par la mutation sur le Territoire de professeurs métropolitains. La communication entre les élèves locaux et ces professeurs n’est pas toujours facile.

 

V comme vacances

Le tourisme est la ressource principale de la Polynésie avec environ 230 000 touristes par an dont beaucoup d’Américains et de Japonais. L’île la plus fréquentée (90 % des touristes s’y rendent) est Bora-Bora : la “ Perle du Pacifique ” pourrait devenir dans quelques années la perle de béton du Pacifique tant les nombreuses constructions d’hôtels défigurent le paysage. On imagine l’impact sur la faune et la flore du lagon…

En dehors des grands hôtels internationaux, il existe, pour les bourses plus modestes, des pensions de famille, des structures chaleureuses et accueillantes, tenues par des Polynésiens. Rien ne vous oblige non plus à vous limiter à Bora-Bora : le reste de la Polynésie n’est pas dégradé par le tourisme. Les paysages sont encore vierges. C’est comme sur les cartes postales !