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Écrit par Cécile Soulé   
15-06-2001
Ils se sont mis au vert avec plus ou moins de succès. Les uns se la coulent douce, tandis que les autres n’en font pas tout un foin. Reportage dans le Lot.

 

Joël et le crédit arboricole

 

Quand Joël Polomski vous explique comment se rendre chez lui, il faut noter trois tonnes d'explications car sa maison est perdue dans un petit hameau lui même situé dans un petit village à une quinzaine de kilomètres de Figeac, sous-préfecture du Lot. Du chemin qui mène au hameau de Pradelle, à Camburat, on aperçoit tout de suite sa maison, la seule qui ait un toit en ardoise, comme il l'a précisé précédemment.

Une belle maison en pierres apparentes avec un escalier de pierre qui serpente jusqu'à la pelouse du jardin. De là, l'horizon est peuplé de collines, labourées ou en friche. Les murs intérieurs sont aussi en pierre. Les poutres de bois sont légion. Les meubles sont simples et sobres, en bois naturel ou peints. Un petit poêle trône près de la porte d'entrée.Cette maison, Jöel Polomski l'a achetée il y a quinze ans.
« Elle était d'une grande vétusté », se rappelle ce quadragénaire, dessinateur de profession. A l'époque, il habitait avec sa femme à Reims. Mais à force de parcourir la campagne française à vélo, ils se sont laissés gagner par son charme. « Le point de départ, c'était de quitter la ville, son stress général », explique Joël Polomski pour qui « la vie citadine ne fait plus le poids ».
Ne croulant pas sous les billets de banque, le couple cherche une maison à un prix accessible. Le hasard a voulu que ce soit celle-là. Ancienne résidence secondaire laissée à l'abandon, elle accuse le coup : cloisons fissurées, plancher lézardé, vieux crépi, etc. Joël Polomski va passer les premières années de son existence campagnarde à retaper sa maison, en vivant de peu de choses.

 

Pas une seconde d’ennui
Ça aurait pu mal se passer avec les voisins. Mais cela n'a pas été le cas. « Nous avions la volonté de nous intégrer. On n'a pas joué les citadins intellectuels »,« On est arrivé en hiver à Noël. Le lendemain matin, nos voisins sont venus se présenter ». Joël Polomski a apprécié l'attitude franche de ces agriculteurs qui n'ont pas tourné autour de la maison cent fois pour se faire une idée des « nouveaux ». La cohabitation est depuis parfaitement harmonieuse : le cheval de Joël Polomski broute dans le pré du voisin et ce dernier vient aussi « choper les taupes qui sont dans mon jardin », précise le « néo-rural ». Il y a bien sûr du hasard dans le fait que deux familles aux parcours différents s'apprécient mutuellement en tant que voisins. Mais les bonnes volontés étaient là, elles ont fait beaucoup de part et d'autre.

Joël Polomski et sa femme ont quatre enfants. Ils vivent très heureux et, assure le père de famille, « On n'a jamais eu une seconde d'ennui ». Pourtant, ils sont vraiment loin de la ville et de son bouillonnement. La métropole régionale, Toulouse, est à près de deux heures de route, la ville la plus proche, c'est Figeac, 10 000 habitants, à vingt minutes. Ce qui n'empêche pas la famille Polomski de se divertir : « Nous avons des amis qui sont restés vivre en ville. Quand ils viennent nous rendre visite, on se rend compte qu'on va plus au ciné ou au spectacle qu'eux, sans doute parce qu'on a plus de temps. En ville, on est toujours pressé ».

 

Mille diou !
Les enfants, qui ont grandi ici, sont comme des poissons dans l'eau. « Il y a des souvenirs qu'ils garderont pour toujours : leurs gambades dans les prés, ou les baignades dans la rivière », souligne ému leur papa. « Et puis, ajoute-t-il, ils n'ont jamais pris d'antibiotiques ». Quand Joël Polomski a fait ce choix de partir de Reims, on l'a pris pour un fou. Aujourd'hui, il parle comme un sage.
Depuis six ans, Joël Polomski est instituteur. Mais il n'a pas abandonné pour autant sa première profession. Il vient de publier une bande-dessinée qui retrace avec beaucoup d'humour et de dérision les « aventures ordinaires d'un paysan du Quercy », Emile Adiou, dans L'Odyssée de l'espace vert. Emile Adiou, qui vient du juron paysan « Mille diou !» (Mille dieux) se débat avec ses dettes du « Crédit arboricole » et le devenir de ses enfants, ses relations avec ses voisins.
Seule une immersion profonde en milieu rural pouvait façonner cette histoire, truffée de détails croustillants, entre émotion et dérision. Une preuve de plus de la parfaite intégration de Joël Polomski dans le paysage local, pour son propre bonheur et celui des lecteurs.

 

 

Pour Alain, dur de prendre ses marques

 

Voilà quatre ans qu’Alain et sa petite famille (quatre filles et leur maman, Mylen) se sont installés à Cahors pour donner une nouvelle impulsion à leur vie. Marre de la région parisienne, de son bruit et de sa pollution, volonté d’offrir à la petite dernière un environnement de qualité. Pour les parents, c’était l’occasion de redémarrer sur de nouvelles bases, avec en prime, des projets professionnels : monter un magasin de vêtement et même créer leur propre marque. Et lorsqu’ils sont passés par le Lot et y ont résidé pendant une semaine de vacances, ils ont été conquis par le lieu et ont tout de suite compris que c’était pour ce département qu’ils déménageraient.

Mais le miracle du bonheur dans le pré n’a pas eu lieu. Il n’est peut-être pas loin mais il n’est pas encore là. « On a envie de partir de Cahors. Cette ville ne nous satisfait pas », explique sans détour Alain, aujourd’hui âgé de 36 ans.  « Ici, les gens manquent d’initiatives. Il leur faut beaucoup de temps avant de se lancer alors à force, on s’endort ! », poursuit-il.

 

Pompe à bien-être
A son arrivée dans le Lot, le couple a d’abord vendu des vêtements sur les marchés. Aujourd’hui, il tient une boutique très en pointe pour une petite ville, dans le style « Streetwear » et « Sportswear », avec des matières fluides, des pantalons larges, des logos « tribaux », des couleurs vives, etc. La boutique porte le nom de leur fille, née il y a quatre ans à Cahors, Keziah. « Quand des jeunes qui viennent acheter des habits vous disent qu’il faut que d’autres aient déjà porté ce style de fringues pour qu’ils osent eux aussi, c’est fou ! », s’insurge Alain. Il bout. Il voudrait accomplir tant de choses mais se sent comme prisonnier, avec, de surcroît, les cancans du voisinage sur le dos, inévitables dans une petite ville comme Cahors.

Alain a conscience qu’il a fait le choix d’une solution intermédiaire qui n’est pas satisfaisante : il n’a pas les avantages de la pleine nature, de la campagne, ni ceux de la grande ville. « C’est comme si nous devions franchir un autre palier. J’espère que dans un an, on ne sera plus ici », lance-t-il le regard au large, davantage tourné vers la pleine campagne que vers la grande ville. « Ce serait bien d’habiter vraiment dans la nature », s’avance-t-il sans toutefois avoir arrêté sa décision. Pourtant il y a urgence : il faut réamorcer la pompe à bien-être. « Les difficultés de vivre ici se ressentent à force dans notre couple », précise-t-il en faisant la moue. Et les affaires ne vont pas non plus très fort...

 

 




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