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| L'interminable errance des Roms, échoués dans des bidonvilles en France |
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| Écrit par Sylvain Marcelli - Photos : Karine Delmas | |||||||||||||
| 16-10-2007 | |||||||||||||
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Citoyens de l'Union européenne, les Roms roumains et bulgares sont pourtant traités comme des parias lorsqu'ils arrivent en France. Près de 500 Roms survivent depuis des mois à Lille dans la plus grande misère. Reportage.
Il multiplie les sourires. Il fait des signes avec ses mains. Il bricole des mots en roumain et aussi, un peu, en italien. Il sort son portefeuille, une grande pochette pleine de papiers, une enveloppe du Conseil général du Nord, et enfin un passeport bordeaux. Montre les photos de ses enfants. Pointe son nom : Cristian Drosceac. Il parle le langage universel de ceux qui n'arrivent pas à se faire comprendre. Le voilà, lui, le Rom de l'Europe de l'Est, en France - un pays dont il ne sait rien. Peu à peu, d'approximation en approximation, on saisit les bribes de son histoire. "En Roumanie, on ne nous laisse pas travailler, explique-t-il. Les Roumains sont racistes avec les Tziganes. En France, tout ira bien. Les enfants iront à l'école. On aura les allocations. On pourra travailler. On aura une maison". Dans les yeux de Cristian, brille un immense espoir. Un espoir insensé. On visite l'endroit où il vit avec ses cinq enfants, un terrain vague à deux pas du centre-ville de Lille. Au milieu des détritus se dresse une quinzaine de tentes. Grises, jaunes, bleues, rafistolées avec du drap, du scotch et aussi du carton. Frêles abris de fortune secoués par le vent et la pluie. À côté, deux caravanes qui transpirent la pauvreté. Tout à coup, un rat pique un sprint à travers le terrain. On se frotte les yeux, mais on a bien vu. Comme dans un camp de réfugiés, sans eau, sans électricité, sans argent, sans travail, habitent ici des familles entières. Un nouveau-né dort dans une poussette. Crasseux et souriants, des gamins courent autour du reporter. Veulent lui serrer la main. "Tu raconteras tout ça dans ton journal", implore Cristian.
Trop visibles Ils seraient près de 500 à Lille à vivre ainsi dans la plus grande misère. Venus de l'Est, en voiture ou en bus, ces Roms ont cru que leur vie serait plus belle à l'Ouest. L'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne le 1er janvier a amplifié l'exode : ce pays compte plus de 2,5 millions de Roms. En mai, un premier campement s'installe rue de Marquillies, dans le quartier populaire de Lille-Sud. Avec d'abord une dizaine de tentes. "Et puis ça s'est agrandi, jusqu'à devenir un village de 350 personnes, raconte François, éducateur spécialisé de l'Areas, une association qui s'occupe des gens du voyage. Les gens avaient faim et froid. Quand j'arrivais sur le terrain, j'avais l'impression d'être le Messie. Ils pensaient que je pouvais les aider. Mais en réalité je ne pouvais pas faire grand chose. Tout est très long à mettre en place." Le bidonville devient trop visible. Le 13 septembre, s'appuyant sur une décision du Tribunal administratif, la préfecture organise l'expulsion. "Tout le monde a été viré dès 6 heures du matin, les enfants scolarisés, les bébés, les malades, les vieux, raconte Ouahab, responsable de l'accueil des demandeurs d'asile au Secours Populaire. La nourriture, les cabanes et les tentes ont été écrasées par les bulldozers. Ils ont été virés comme des chiens." Les familles se groupent Porte de Valenciennes mais sont à nouveau expulsées. Depuis, elles vivent, par petits groupes, aux quatre coins de Lille, dans des usines désaffectées ou des terrains vagues. Il n'y a pas de place pour elles dans les centres d'hébergement d'urgence. Rares sont ceux qui se mobilisent pour les aider. Quelques bénévoles isolés et deux associations sont en permanence sur le pont. Le Secours populaire assure des distributions de vivres et de couches pour bébé tous les quinze jours. L'Areas se bat avec une administration kafkaïenne. "Nous avons dénombré 130 enfants de 6 à 16 ans, raconte François. Des enfants que les familles veulent scolariser. Mais pour cela, elles doivent fournir un certificat d'hébergement… qu'elles n'ont évidemment pas. Idem, pour avoir les allocations familiales, elles doivent prouver que les enfants sont scolarisés… Que peuvent-elles faire ?" Depuis l'expulsion du 13 septembre, les autorités laissent pourrir la situation. Espérant peut-être que les Roms reprennent la route. "Mais ces gens sont prêts à subir le pire, prévient Ouahab. Ils n'ont rien à perdre."
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