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L'art thérapie, sur les traces de Van Gogh Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Stéphane Sarpaux   
16-10-2003
A deux pas des “Antiques”, le site des vestiges gallo-romains de Saint Rémy de Provence, se dresse le cloître Saint Paul de Mausole, dont une partie est occupée par une clinique psychiatrique pour femmes. 70 000 personnes visitent chaque année ce chef d’oeuvre de l’art roman provençal qui a abrité un certain… Vincent Van Gogh. Le peintre néerlandais y a peint plus de 150 tableaux. Depuis 1995, l’association Valetudo, intégrée à l’établissement, prolonge cette expérience en proposant aux patientes de participer à des ateliers d’art thérapie. Rencontre avec Jean-Marc Boulon, directeur médical de la clinique et président de l’association.

 

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Dans l'atelier - Ph. : Christian Rombi
Qu’est ce que vient faire l’art dans une thérapie psychiatrique ?

D’abord une précision : la souffrance mentale est une notion qui a énormément évoluée au cours de ce dernier siècle. Jusqu’à la révolution freudienne, au début du XXe, on pensait que le fou n’était pas un malade que l’on pouvait soigner mais un indigent de la société qu’il fallait absolument cacher. Ces “esprits trop libres ou cerveaux dérangés”, comme on en parlait jusqu’au XIXe siècle, étaient envoyés soit au cachot pour y attendre la mort pour les plus pauvres, soit dans des hospices tenus par des religieux pour les enfants des familles riches, qui voyaient ainsi une façon de se débarrasser du fou de la famille tout en s’achetant une place au paradis. La vie dans le cloître en est un exemple flagrant. Il a donc fallu attendre la fin du XIXe siècle avec Freud puis l’apparition des psychotropes (antidépresseurs) à partir des année 1950 pour avoir des outils théoriques et thérapeutiques capables de nous aider dans le traitement du malade. Il n’y a plus un seul fou, mais de multiples états de souffrance, qui vont de la dépression passagère, à la tentation suicidaire, à la schizophrénie, la paranoïa, la maladie d’Alzheimer pour les personnes âgées jusqu’à la psychose complète. Du coup, la perception de leur comportement a également changé. Dans cette optique, la pratique artistique peut être considérée comme une mise en relation entre le patient, le médecin et la société.


C’est comme cela que vous concevez les ateliers d’art thérapie que vous avez mis en place depuis 1995 ?
Notre établissement accueille uniquement des femmes pour des courts séjours, soit environ un mois. Ce sont donc des patientes souvent en dépression, qui ont besoin, durant ce séjour, de se retrouver au calme. Quand elles arrivent, il nous faut bien une semaine pour les “remettre sur pied”. Ensuite, nous leur proposons de participer à l’atelier peinture ou à celui de musique. Des artistes intervenants animent ces ateliers et laissent très souvent une grande liberté aux patientes de s’approprier l’espace, la lumière, les pinceaux, les livres et les revues d’art…Si cela leur convient, elles peuvent revenir à l’atelier et, là, elle s’inscrivent à l’association Valetudo et entrent ainsi dans une certaine dynamique : elles peuvent venir à chaque atelier, emmener pinceaux, peinture et chevalets dans leur chambre. Si elles le désirent, leurs toiles sont ensuite exposées dans la boutique du cloître, qui est visitée par les touristes. Elles récupèrent ainsi 50% de la vente, l’autre étant reversée à l’association. Dans ce processus, la création artistique participe à reconstruire un lien social qui est souvent en souffrance ainsi qu’une revalorisation narcissique. Voilà pourquoi, nous avons tenu, notamment pour l’atelier de peinture, à prolonger les séances pour les anciennes patientes.

 

Vous ne vous servez pas des tableaux pour interpréter les pensées de vos patientes ?

ImageIl existe effectivement certains psychiatres qui se servent des productions artistiques comme outils de déduction : si c’est jaune, c’est que cela va bien, si c’est noir, c’est la déprime… Je ne m’inscris pas dans cette école car elle me semble paradoxalement trop ambitieuse et trop limitée : trop ambitieuse car il n’existe pas vraiment d’outils pour établir des passerelles entre la création et une hypothèse de traitement. La psychiatrie est aujourd’hui une science suffisamment structurée. L’art thérapie ne peut prétendre à un tel statut. Et d’autre part, je trouve que l’interprétation est une forme d’analyse d’une œuvre forcément réductrice car elle ne peut prendre en compte qu’un des éléments à la fois : soit la couleur, soit la forme, soit la composition…

 

La production des patientes est presqu’exclusivement figurative, avec de nombreux travaux de reproductions d’œuvres célèbres.

Contrairement à ce que l’on peut s’imaginer, il n’y a pas de découverte fulgurante entre la patiente et la peinture. C’est plutôt un long travail d’appropriation qui passe presque toujours par la reproduction d’œuvre et par des motifs figuratifs. Il n’y a peu d’expression abstraite car il n’y a pas de conceptualisation.

 

Vous venez d’inaugurer une exposition temporaire des travaux des patientes.

De notre côté, chaque année, nous proposons aux patientes comme aux externes de travailler sur un thème pour préparer une exposition temporaire. Cette année, pour le 150e anniversaire de la naissance de Vincent Van Gogh, ils ont produits quelque 160 tableaux qui sont autant de “réponses à Vincent”. Elles sont exposées un mois durant dans le cloître puis vendues à la boutique.


53 semaines

 

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Il aura suffi de 53 semaines pour que l’histoire du cloître Saint Paul de Mausole, vieille de plus de 1 000 ans, change profondément. 53 semaines durant lesquelles l’établissement psychiatrique accueille, entre le 8 mai 1889 et le 16 mai 1890, Vincent Van Gogh, après son passage mouvementée en Arles. Le peintre hollandais aura la chance d’être soigné par le docteur Peyron, qui, par ses pratiques thérapeutiques avant-gardistes pour l’époque, permettra au patient de disposer d’un pièce pour peindre. Plus de 150 tableaux, parmi les plus célèbres et les plus chers au monde (Les Iris), y naîtront. Un siècle et demi après, le docteur Jean-Marc Boulon a renoué avec cette histoire en proposant aux 130 patientes qui séjournent aujourd’hui dans cet établissement de court séjour (environ un mois) de participer à deux ateliers d’art thérapie, l’un consacré à la peinture, l’autre à la musique. Les toiles sont ensuite vendues, à des prix très abordables, dans la boutique du cloître qui a été installée dans l’ancienne salle des capitulaires, dans la partie du cloître ouvert aux visiteurs. Ceux ci peuvent également visiter la cour intérieure, la splendide chapelle ainsi qu’une reconstitution de la chambre occupée par Vincent Van Gogh. En France, seules les Hospices de Beaune présentent cette particularité de faire cohabiter, dans des bâtiments à forte valeur patrimoniale, une activité sanitaire avec une fréquentation touristique. > Cloître Saint Paul de Mausole, Saint Rémy de Provence. Ouvert de 11h à 17h, tous les jours (sauf fériés). Tél. : 04.90.92.77.00.

 

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Le Docteur Boulon devant l'entrée de l'hospice... et le regard de Van Gogh... - Photo : Christian Rombi

 




  Commentaires (3)
art thérapie et interpretation
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 25-04-2012 06:07
Bonjour, J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre article. J'ai néanmoins un différent avec ce que vous avancez lorsque qu'à la question" Vous ne vous servez pas des tableaux pour interpréter les pensées de vos patientes ?" Certains psychiatres effectivement utilisent les productions des patients pour interpréter les pensées. L'art thérapeute, que je suis, n’interprète pas les productions des clients et je n'ai effectivement pas le pouvoir d'être dans leurs pensées directement : je n'ai d'ailleurs pas le pouvoir de connaître le symbole et la métaphore des images de toutes les personnes qui viennent à mon atelier thérapeutique.Mais avec mon savoir, mon savoir-faire et surtout mon savoir-être, je suis capable de guider la personne à en faire sa propre interprétation et faire connaissance avec certaines de leurs pensées. L'art thérapie donne le pouvoir d'interprétation à celui qui a produit la création; c'est une différence essentielle. Chaque personne a milles et une façons de dessiner un mouton.  
Je vous remercie pour votre lecture et vous invite à visiter mon site www.art-therapeute-sierre.com. 
Avec mes salutations 
Maribel Torrent
séjour Vincent Van Gogh
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 14-10-2012 11:03
bonjour, 
merci pour votre site. 
Je ne sais pas si je suis au bon endroit pour ma question mais je voulais savoir si durant son séjour d'un an dans cet établissement Vincent Van Gogh pouvait sortir pour peindre des paysages et notamment tôt le matin voire quand il faisait encore nuit. Je voulais savoir où et quand avait il bien pu voir ce ciel étoilé de la toile "la nuit étoilée" sur St Rémy. 
Encore merci
Accompagnements thérapeutiques.
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 17-08-2015 22:25
Il existe aussi la zoothérapie en milieu médicalisé comme pour l'autisme et Alzheimer, ainsi que les suivis post-traumatiques.  
 
-Institut Français de Zooothérapie de François BEIGER 
-Institut de Zoothérapie Internationale du Québec, au Canada, avec une antenne à Lyon. 
 
L'association One-Voice propose des parcours Chatipi pour ces malades, en introduisant des chats errants domestiqués dans les maisons de retraite et établissements de soins psychiatriques. ONE-VOICE.FR 
 
- Hélène PERIGNON. Je suis bipolaire mais le bonheur ne me fait pas peur... Témoignage. HUGO-DOC

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