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Julos Beaucarne : pour un monde télépathiquement épatant Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Alias et Sylvain   
15-06-2001

Rencontre magique avec Julos Beaucarne. Un pur moment de bonheur ! 

 

Voyage à la lisière de l'infini est le titre de l'un des nombreux livres de Julos Beaucarne, auteur prolifique davantage connu pourtant comme chanteur-auteur-compositeur. En effet, depuis ce jour de 1961 où Julos chanta sur les places de Provence pour payer les réparations de sa voiture tombée en panne, il ne cesse plus d'évoquer les images conjointes du souci de l'environnement et des albums marquants. S'il n'a plus de nos jours l'internationale popularité qu'il irradiait dans les années 70 depuis Ecossines ou Tourinnes la Grosse en Belgique, il n'est jamais non plus tombé dans l'anonymat et continue à émettre textes et bonnes vibrations. Car c'est aussi une image, et non la moindre, qui se projette en nous quand on pense à Julos : cette idée de sérénité et d'arc en ciel après et pendant la pluie. Puisque Julos est aussi celui qui sut, balayé par la tornade et l'horreur, rester dans la maison où fut assassinée Loulou sa bien aimée pour y réinsuffler de l'amour et de la paix.

Maison où il nous reçut, avec affection et malice, dans une grande pièce qui est bureau, cuisine, salle à manger, salon et "forum", où l'on s'installe au milieu des piles de bouquins, des miniatures de pagodes, figures de proue, mobiles maison, fatras de papiers, portraits de Loulou (jamais oubliée), petit Bouddha, boîtes à épice, encens, alignements de bouteilles vides, ail et oignons, eau pour le café et bancs de l'ancienne salle de bal que fut aussi cette demeure.

Outre l'interview, il y eut aussi tous ces moments beaux ou insolites, ces occasions de partage de jeux, ces rencontres : son fils passe se choisir ail et oignons, une amie revenue tout juste d'Italie donnera l'occasion à Julos de jouer l'artiste conceptuel italien incompris en rase campagne où nous commentons les faits et gestes des rares passants : "Ces êtres-là ne sont pas belges. Ça se voit." C'est la visite de cette grande cense wallonne au porche monumental abritant la collection de vélos (dont un pour s'éclairer et un grand Bi) de celui qui créa la centrale électrique musculaire pour certains de ses concerts et rebaptisa sa rue du nom de "Passage du vélo volant". C'est la joie de déconner ensemble à pleins poumons, de nous faire tout un théâtre, de croiser un ami de Julos qui vouvoie son chien, à moins encore que ce chien ne s'appelle "Venez", ce qui n'est pas exclu. C'est demander pourquoi un peigne pend à la porte d'entrée et s'entendre répondre qu'à force que les gens disent de lui "il ne sait pas se peigner", Julos a installé ce peigne pour demander aux gens qui sonnent de se coiffer avant d'entrer.

Bref, notre petit Voyage à la lisière de l'infini nous laissa une impression durable de fantaisie, de sagesse et de fraîcheur qui nous conforta dans l'idée de faire de cet entretien le point fort de notre "dossier" sur les mille et un moyens de nous aider à supporter cette sacrée chienne de vie !

 


 

Julos Beaucarne : Être vraiment heureux, c'est être vraiment bien dans sa peau et pas dans les souliers d'un autre. Mais le commerce, la société, les religions, les sectes, la radio, la télé, aimeraient bien que nous soyons des disciples de telle ou telle idée. Alors que la seule idée qui est intéressante, c'est la nôtre. Elles sont toutes intéressantes, les idées, mais la seule qui pourrait nous aider à vivre c'est la nôtre. Parce que chacun est très particulier. Il n'y aurait pas de chômage si chacun faisait ce pourquoi il est né. S'il y a du chômage, c'est parce que justement on nous a tous mis sur des voies précises. Le pouvoir nous a mis sur des voies précises.

 

L'Interdit : Comment t'y prendrais-tu pour rendre quelqu'un heureux ?

Je lui suggérerais d'essayer de savoir qui il est. Parce qu'actuellement la société essaie qu'on devienne tous des copies conformes, des duplicatas. Qu'on mette le même costume, qu'on ait le même sac. Je crois qu'en sortant du ventre de sa mère on reçoit une feuille de route. Et si on ne la suit pas, je crois qu'on est malade.

Chacun a des dons. Seulement notre éducation ne nous a pas donné les outils pour être nous-mêmes. Les outils pour être nous-mêmes, c'est nous qui les avons. Mais il peut y avoir des gens qui nous montrent le chemin. On peut avoir des maîtres dix jours, une heure, vingt ans... et puis à un moment quitter ces maîtres pour suivre notre propre voie. Donc on se frotte un peu à toutes, à toutes les idées, à toutes les pensées. "Il sait assez celui qui sait s'il sait qu'il ne sait rien". Et en même temps s'il sait qu'il sait tout, aussi. Parce qu'on est tous et toutes de la même matière que l'univers, donc chaque fois que je rencontre quelqu'un, il m'apprend des choses sur moi que j'ignorais. Mais ce quelqu'un, c'est moi, aussi. On est tous de la même matière que l'univers. On choisit ce qu'on écoute, ce qu'on mange, on est ce qu'on mange, on choisit son camp, on choisit des musiques diaboliques ou des musiques qui nous construisent. Choisir son camp, c'est d'abord peut-être un grand principe : il y a une loi, qui n'en est pas une, c'est qu'il y a le positif et le négatif. Dans tout ce qui flotte autour de nous, il y a beaucoup de choses négatives qui peuvent entrer dans notre peau. C'est ça choisir son camp.

 

Comment aider les enfants à « choisir leur camp » ?

Les enfants, souvent, quand ils font quelque chose, on leur dit "Ça, c'est pas bien". Mais on ne dit pas assez souvent "Ça, c'est bien". Je crois que sur ce qui n'est pas bien, il ne faut pas insister. Quand il y a quelque chose qui est bien, on dit "Mais c'est formidable, ce que tu as fait !" Si tu n'aimes pas l'enfant, il ne peut pas grandir. Personne ne peut grandir sans être aimé. Personne ne peut embellir sans être aimé.

Regarde les jouets, moi si j'avais des sous, je ferais des jouets qui donnent envie de faire autre chose, des jouets avec des cellules photovoltaïques, des jouets magnifiques à pédales pour faire des machines formidables et qui fassent rêver. Qui ne soient pas des machines sophistiquées.

 

N'est-ce pas rousseauiste de dire que l'enfant est naturellement bon ?

Je ne suis pas rousseauiste. Ce qui influence tout d'abord l'enfant, c'est bien sûr les parents : s'ils s'engueulent, s'ils fument, s'ils boivent, évidemment ce n'est pas un bon début dans l'existence, c'est élémentaire. Mais l'enfant n'est pas bon naturellement. Personne n'est bon ou mauvais naturellement. C'est la teinture ou le vernis que la société nous met. C'est quand même incroyable qu'au Rwanda par exemple, c'était la société la plus catholique du monde et c'est là qu'il y a eu un des génocides les pires. Que l'Evangile vienne d'Israël et que maintenant on y soit en guerre, c'est absurde.

 

Et si les hommes étaient faits plutôt pour se taper dessus ? N'est-ce pas contre nature de dire que les hommes doivent s'aimer ?

François d'Assise disait "Les hommes n'aiment pas l'amour". Évidemment, avec ce qu'on nous donne chaque jour à la télé par exemple entre 20 et 22h, comment veux-tu qu'on aime l'amour ! Ou bien alors on est dans la pornographie. Il y a l'érotisme et la pornographie. L'érotisme ce serait des êtres qui s'aimeraient, qui se souriraient. Mais ce qu'on nous montre, ce sont des gens qui gagnent de l'argent en faisant ça. Ils ne s'aiment pas réellement. Dans notre quotidien, par exemple si je suis dans un HLM, que moi je n'ai pas la télévision alors que tous les gens ont la télévision et regardent une émission le soir, inévitablement, je peux avoir des cauchemars sur ce qu'ils ont vu et que je n'ai pas vu. Parce que le psychisme est terriblement puissant. On envoie des pensées tout le temps dans l'espace. On peut envoyer des pensées négatives, sur quelqu'un par exemple, il peut se casser la pipe en descendant l'escalier parce qu'il est fatigué ce jour là. On peut envoyer de l'amour aussi. C'est là où on choisit son camp.

Un HLM n'est pas forcément un lieu idéal pour être heureux. Y a-t-il des lieux où on peut être plus particulièrement heureux ? Tu habites à la campagne...

Ça dépend comment c'est habité. Il peut y avoir des imbéciles à la campagne ! Enfin on est tous imbéciles, on est tous responsables de l'imbécillité du monde, donc on ne peut pas dire "lui c'est un imbécile et moi je ne le suis pas". Il y a toujours une partie en nous qui peut être stupide. Justement on choisit son camp pour essayer que ce ne soit pas ! Mais évidemment l'architecture d'une maison peut maintenir les couples unis par exemple. Si l'architecte fait une seule chambre pour deux personnes, un jour ou l'autre ça va peut être mal se passer. Si la femme n'a pas un lieu à elle et si l'homme n'a pas un lieu à lui, un lieu magique où personne ne peut pénétrer sans sa permission, c'est évident que c'est dangereux. On est sur la corde raide. L'architecture d'une maison peut aider terriblement l'harmonie.

 

La maison dans laquelle on est a été pensée d'une manière particulière ?

C'est une vieille ferme. Si je devais construire maintenant je construirais avec le nombre d'or, en calculant pour capter l'énergie qui est partout. Actuellement il y a beaucoup de maisons rectangulaires. Or, les cases primitives étaient rondes, toujours. Il y en a qui disent qu'on ne peut pas vivre dans le rond. Il y en a d'autres au contraire qui disent que c'est bien le rond ! On sait pas... Moi je crois que dans une maison c'est l'espace qui est important.

Cette maison a été habitée par quatre personnes au départ et puis on s'est retrouvés à trois et puis maintenant je suis seul, mais enfin la maison est souvent habitée, il y a du monde qui passe. Mais cette maison est à peine suffisante pour moi, pour mettre ce que je voudrais y mettre ! Mais ça c'est parce que j'ai un métier où j'accumule beaucoup de choses, je fais des constructions, ça m'intéresse les objets...

 

Dans cette pièce il y a un grand espace, de quelle façon est-il organisé ?

Ici, c'était la salle de danse d'un bistrot. On a flashé sur cette pièce quand on a vu cette maison. Je vivais en ville parce que j'étais comédien, je faisais beaucoup de bruit parce que je répétais la nuit. On a cherché une maison un peu isolée. C'est comme ça qu'on est arrivés ici. Les musiciens se mettaient ici, ils se mettaient sur une petite avancée et il y avait des bancs le long du mur. Les gens dansaient pis ils allaient boire un p'tit coup dans la pièce à côté. La goutte. C'est sûr que cette maison est pleine de fantômes. De fantômes très agréables. Dans cette maison, il y a des lieux sacrés, où très peu de personnes vont. Comme la chambre par exemple. C'est un lieu strictement personnel. Alors qu'ici c'est le forum, le lieu d'échanges.

 

Les objets sont à tel ou tel endroit par volonté ou par hasard ?

C'est le fruit du hasard. C'est une maison qui vit donc les choses sont aujourd'hui là et à un autre moment elles seront ailleurs. Il n'y a pas d'harmonisation bien précise, c'est selon ce qui se passe. Par exemple si j'ai un bouquin à terminer, la maison va être envahie de feuilles de papier, de photos.

 

Cette maison a-t-elle une âme ?

Tout a une force. Il y a des gens qui ne se sentent pas bien ici. Quand tu habites une maison, tu imprègne les murs de ta force. Les faits durs qui s'y sont passé sont là aussi. Cette maison aurait pu devenir une maison hantée, puisque c'est ici que Loulou a été assassinée. Si j'étais parti, c'aurait été une maison hantée, une maison qui n'aurait plus été vivable. Une maison tu l'imprègne de ta philosophie. C'est pour ça que quand tu reviens d'un long voyage, tu te retrouve dans ta maison, elle te prend dans ses bras, elle te régénère.

 

Tu as choisi de rester, pour ne pas fuir ce qui s'est passé et pour transformer cette énergie en force positive ?

Oui, tout à fait.

 

Pratiques-tu une sorte de méditation ou de concentration ?

Je fais de la marche, beaucoup, du vélo, et puis bien sûr une sorte de méditation. Dans un monde entièrement en guerre, c'est très difficile de faire la paix avec soi. Mais c'est ce que j'essaie de trouver. Une sorte de grande paix, quoi. C'est seulement à travers la paix qu'on va recevoir son propre chemin. C'est l'inspiration du poète. Le poète est en incandescence quand il est bien dans sa peau. Quand il est en plein frisson. Le poète c'est le gardien du frisson. Tout le monde est poète. Mais juste quelques uns le savent ! Mais tout le monde l'est. Si tout le monde chantait, il n'y aurait plus de spectateurs !

 

Comment faire pour que les gens prennent au sérieux les poètes ?

Le vrai poète c'est quelqu'un qui est inscrit dans la vie quotidienne. C'est quelqu'un qui a réponse aux questions de la vie quotidienne. C'est pour ça que les poètes n'ont pas accès à la radio ni à la télé. Parce qu'on a peur d'eux. On a peur un peu de celui qui vibre, celui qui ressent. On a peur qu'il dise des choses qui aillent contre les intérêts. Contre les lobbies et tout le bazar. Alors il est parfois "interdit" !

C'est pour ça que c'est intéressant de soutenir les poètes vivants. Ils savent qu'ils vont mourir plus que les autres ! Je trouve inquiétant le culte pour les poètes morts. Les poètes vivants des fois on attend qu'ils soient morts ! On fait des entrevues pour avoir quelque chose le jour de leur mort. On est dans une société de pompes funèbres.

 

Tu parles de lobbies, de forces négatives. La société est-elle un immense complot violent ?

Non. La société n'est pas un immense complot violent, la société est déviée. C'est un détournement de majeurs ! Elle est dirigée par des gens qui sont d'aveugles conducteurs d'aveugles. Qui n'ont aucune philosophie. Je me suis souvent posé la question : les gens de pouvoir, quand ils se retournent sur leur vie le jour de leur mort qu'est-ce qu'ils doivent penser ? Parce qu'on a l'impression que derrière eux ce n'est que décombres, ruines. Leur maison est somptueuse, il y a du marbre, mais elle est froide. Tout est somptueux mais ils se retournent et ils ne voient rien. Rien que des ruines. C'est terrible. Parce que le poète, comme tout le monde, écrit des choses qui n'ont jamais été écrites ou qui ont été écrites autrement. Chacun naît sur terre pour faire avancer la terre, pas pour la faire reculer. Or actuellement il y a plus de gens qui la font reculer que de gens qui la font avancer.


Es-tu tout de même optimiste, as-tu de l'espoir ?

L'espoir que j'ai c'est que chacun se dise "moi je suis un émetteur de pensées négatives ou positives". Si six milliards de personnes envoient du positif dans l'air, tout change ! On a tous ce pouvoir là. Faudrait dire ça dans les maisons où il y a des vieux qui sont malheureux parce qu'ils n'ont plus rien à faire, parce qu'on les a mis dans des placards. Faut leur dire "vous existez, c'est très important que vous soyez là. Tout le monde est important. Vous pouvez envoyer de l'amour. Non seulement à votre famille mais à toute la terre".

 

Ce qui est étrange, c'est comme on se détourne généralement de quelqu'un quand il est mal.

On a peur que ça nous arrive. On remet toujours à plus tard l'avènement de sa propre histoire. Or si on avance à l'intérieur de soi, on se prépare à mourir. A goûter le passage. Et pas à coups de seringues. A faire un passage harmonieux dans l'autre dimension. On est stagiaires, sur la terre !

Tu penses donc qu'on se détourne des situations risquées, bonnes ou mauvaises, pour rester dans un petit confort, une petite habitude ?

On a peur de se confronter à la mort. Parce que toute mort nous renvoie à notre propre mort. Mais il est possible que ce soit merveilleux de l'autre côté ! D'ailleurs à voir le nombre de gens qui précipitent le mouvement, ils en savent peut-être plus que nous ! Et puis comme personne n'en revient !

 

Tu as écrit il y a quelques années une « Lettre à Kissinger » pour dénoncer la situation au Chili. Si tu devais écrire aujourd'hui une lettre au président Bush, qu'est-ce que tu lui dirais ?

Je lui écrirais pas, parce que c'est inutile ! Des gens comme Bush puent à 100% et sont persuadés qu'ils sont dans le bon, c'est ça qu'il y a de pire !

 

Ça n'a pas marché, la dernière fois ?

Je ne fais pas souvent de lettre à un Président. Je préfère travailler sur moi. Je voudrais lui envoyer des pensées positives pour qu'il n'envoie jamais plus des bombes sur l'Irak. Il faudrait une pression internationale, mais une pression des consciences. Que toi tu penses à ça, que tu lui envoies ce que tu pense.

La télépathie, ça existe ! J'aimerais un monde télépathiquement épatant. Des gens qui se réunissent à une situation donnée et envoient de la force et de l'amour. Moi j'ai fait ça pour un copain qui allait être opéré. Je ne sais pas si c'est mon intervention, on était deux, l'anesthésiste et moi, à travailler pour ça, mais l'opération s'est passée à merveille. Ceux qui croient que c'est de la frime se trompent. C'est vraiment fort.

Récemment j'ai été voir une petite fille de neuf ans qui a le cancer et j'ai l'impression, moi, qu'elle ne va pas mourir. Seulement ce qui se passe, c'est qu'elle est continuellement entourée. Elle en a marre. Comme si elle n'avait pas le droit de choisir, elle. Et si tous les gens autour se disent qu'elle va mourir, elle meurt inévitablement. Toi, en envoyant de l'amour, tu essaie de créer une paix autour d'un être, mais c'est toujours lui qui décide en dernière minute. Les maladies sont parfois des suicides aussi.

 

Faut-il envoyer de l’amour à Georges W. Bush ?

"Là où il y a de la haine, que je mette de l’amour" disait François d’Assise. Je ne suis pas catholique, mais c’est des phrases qui me frappe quand même. On est très intéressé à ce que les gens soient heureux. Toute répercussion de bonheur, on la reçoit.

 

Tu penses donc inutile de militer, de s’engager politiquement ?

J'ai écris un texte où je dis "Faut-il méditer pour les militants ou faut-il militer pour les méditants ?" Le militantisme est important. La déviation du militantisme, c'est d’aller à une manif pour la paix, et puis tu rentres chez toi, le bébé pleure, tu lui donne une gifle... C'est plus facile de faire du militantisme, on est en groupe.

 

As-tu besoin d'être amoureux pour vivre ?

Je crois qu'au départ on est soi-même un couple homme-femme. Il faut d'abord être autonome si on veut rencontrer quelqu'un. Si on ne l'est pas, à la première dispute ça risque de se casser parce qu'on n'a pas de repli, pas de position de repli. Parce qu'on compte sur l'autre pour faire le chemin que nous devons faire tout seul. L'être humain, qu'il soit homme ou femme, est toujours les deux natures. Une femme devrait être d'abord son propre prince charmant ! Si elle ne s'aime pas elle ne sera pas aimée.  Si elle s'aime, elle va devenir magique et va être aimée. A mon sens, hein ! Je n'ai pas la prétention d'avoir tort !

 

L'humour, ça fait partie aussi d'une certaine légèreté ?

L'humour, c'est merveilleux. Quand on sourit on fait travailler quinze ou quatorze muscles ! On fait une gymnastique extraordinaire ! Pour être en humour, comme on peut dire être en amour, il s'agit d'avoir un point de vue panoramique, mais qui en même temps n'est pas méprisant. On est sur la montagne, on a un point de vue panoramique, on voit la personne qui est en dessous et en même temps on est cette personne en dessous.

Actuellement, malheureusement, on fait surtout de l'humour sur une personne très connue, par exemple. C'est devenu le serpent qui se mange la queue. Ce n'est plus de l'humour d'imagination, enfin très peu, de moins en moins. C'est toujours de l'humour sur des jeux de mots, au dessous de la ceinture... Je ne veux pas dire que je n'aime pas ce qui se passe au dessous de la ceinture mais traité comme ça, ça ne sacralise pas l'amour. 

 

Les religions peuvent-elles montrer la voie du bonheur ?

Les religions c'est très bien au départ, tout commence par de la mystique, tout finit par de la politique et ça devient souvent des instruments de pouvoir. Le pape qui dit "la seule religion intéressante c'est la religion catholique". On a envie de dire à ce moment là "Ah si le Saint Siège était éjectable !". Et ça a commencé dès le début après l'histoire du Christ. Il y a des textes qui ont été cachés parce qu'on y disait qu'il y avait des femmes qui étaient disciples, aussi, de Jésus. Alors ça, on ne nous en a pas parlé. Ce qui fait que la condition féminine a été ce qu'elle est maintenant, c'est à dire pas du tout respectée. C'est une société mâle. Combien de femmes sont tuées par leurs amis, par leurs amants, par leurs maris ? Plus que de femmes qui tuent. Comme si la vie était mise en danger. C'est la vie qu'on attaque directement. Je ne veux pas dire que les hommes ne sont pas la vie, mais seulement que l'instrument de la vie, c'est la femme qui porte le bébé et le met au monde. Il me semble. A moins que ça ait changé ! Mettez moi au courant !

 

Et pourquoi selon toi cette élimination d'une moitié de l'humanité des religions et des pouvoirs ?

Il n'est de pire pilleur que celui qui a tout. Il en veut plus encore même s'il en a beaucoup... On en a jamais assez. La vraie vie spirituelle ce serait ça aussi, mais dans le sens où il me faudrait mille vies pour aller au bout de moi-même, de ce que j'ai à faire, à dire. Humblement, je crois que c'est la vraie réussite d'une personne qui est tout le temps en train de marcher vers elle-même. Si elle marche vers elle-même, elle marche vers les autres parce qu'on est tous pétris de la même terre. Donc plus tu vas faire de découvertes toi, dans ton propre corps, dans ta propre vie, plus tu vas élargir la vie du monde. Donc ta vie n'est pas du tout inutile. Et ta recherche, ton laboratoire secret de toi-même, est quelque chose de très fort, très important. C'est pour ça que je ne suis pas du tout pessimiste. Parce qu'il suffirait qu'il y est un peu plus de personnes qui pensent qu'elles peuvent avancer. Pourquoi les gens s'arrêtent et tuent ? Parce qu'ils ont l'impression d'être devant un mur, qu'il n'y a plus moyen d'avancer.

 

Ça revient à ce qu'on disait : n'est-ce pas parce que les gens ont peur de la vie, de l'amour, du bonheur ?

Le problème c'est l'attente. Quand des gens sont amoureux, il y a d'abord la fusion et puis après il y a l'attente. "Il n'a pas fait ça..." et quand on se voit on dit "tu n'as pas fait ça". Il y a toujours l'attente. Être autonome, c'est ne plus avoir d'attente. Ça se passe, ça se passe. Ça ne se passe pas, ça ne se passe pas. Chacun est libre. La terminologie devrait changer aussi. Les gens qui disent "ma" femme, "mon" mari... Chacun appartient à soi-même. Et peut-être que quand les gens se marient ils devraient se dire "je t'épouse tel que je suis maintenant mais il ne faut pas s'étonner si je change". Donc le mariage c'est très difficile. Mais il y a des gens qui sont très heureux comme ça pendant très longtemps. Je ne sais pas comment ils font ! C'est certainement possible, mais si on est autonome. Mais quand on a des attentes, c'est pour tout pareil.

 

On te sait soucieux des problèmes d'environnement, quelles seraient tes recommandations à ce sujet ?

Bien sûr, c'est intéressant de faire des manifestations pour l'environnement, mais je crois que l'environnement principal, l'écologie première c'est l'écologie de son esprit d'abord, on en revient toujours à ça. Et la deuxième écologie pratique c'est notre environnement lui-même. Il va y avoir moyen de faire l'électricité avec des éoliennes, ça commence à se populariser, ça c'est l'écologie pratique. Mais elle n'a d'intérêt que s'il y a l'écologie de l'esprit. Et l'écologie de l'esprit débouche toujours sur l'écologie pratique. Les gens riches, au lieu d'acheter des Bentley, des voitures tape à l'oeil, devraient acheter des voitures qui ne polluent pas, des voitures hybrides, par exemple. Ils ont les sous pour le faire. Moi j'ai une voiture au gaz, c'est tout ce que j'ai pu me permettre. Mais je pollue moins la terre qu'avec une voiture à essence. Mais des tas de gens ont les moyens, ont de plus en plus de sous, et ne font pas avancer les choses ! Il y a moyen que la couche d'ozone ne continue pas à se détériorer, c'est évident, mais il faudra que chacun prenne son histoire en mains.

 

L'homme est-il plutôt nomade ou plutôt sédentaire ?

Moi j'ai toujours été nomade, ici c'est un peu la maison mère... mais je transporte comme l'escargot ma maison sur le dos. C'est à dire que si on est bien dans sa peau on est bien partout. Notre corps est notre maison. Une maison qui a été construite en neuf mois, les maçons ont bien travaillé ! Qu'on se balade n'importe où, c'est selon ce qu'on va transmettre, ce qu'on va recevoir... L'homme est certainement nomade puisque même s'il est à un endroit un certain temps il n'est que de passage. J'aime bien le concept nomade, la personne pour qui rien n'est sûr. Ce qui est sûr c'est que rien n'est certain ! On peut disparaître, donc il s'agit d'être tout à fait heureux. A mon sens ! D'être heureux du moment même.

 

Tu apprécies un chanteur du nom de Melaine Favennec. Pourquoi, et y a-t-il d'autres personnes comme ça dont tu aurais envie de parler ?

Melaine pour moi c'est un poète, un gardien des frissons. Il y a aussi Raoul Duguay, qui est un homme que j'aime beaucoup. Chez tout créateur il y a des périodes fortes et des moins fortes. Là il y a des périodes que j'adore. Raoul Duguay est un poète québécois. Il m'avait invité à chanter avec lui sur la colline de Montréal, il y avait 40 000 personnes. La dernière fois que j'ai chanté avec lui il y avait 10 000 personnes au Québec ! Mais le nombre ne fait rien à l'affaire. Il a fait des choses très très percutantes. C'était un artisan du langage qui faisait des tirades comme "la cadence des bombes qu'on canardera sur les caboches des cannibales ne fera pas une assez capitale cantate pour couvrir la clameur et le cantique que clameront les âmes de ceux qui n'ont jamais pu parler". Ou "Car l'amour est la totale totalité totalisant totalement le temps tout le temps."

 

Tu dois bien aimer le chanteur belge Claude Semal ?

C'est un écrivain magnifique. Là aussi il y a des chansons que j'adore et d'autres où je suis moins dedans, mais c'est normal. Il a fait une chanson comme "La Façade" dans le dernier disque, j'adore, c'est la Belgique totale !

Pourquoi appelle-t-on les chansons à succès des "tubes" ? Parce qu'ils sont creux... On va raconter une quarantaine de fois "Je t'aime à la folie comme une puce à l'agonie" avec des rythmes forcenés... Mais il y a des tas de jeunes qu'on ne connaît pas, des gens fantastiques. Le fils de Delerm par exemple, il chante, c'est très très beau. Il s'appelle Vincent.

 

Comment peut-on aider les poètes vivants ?

Ben tiens, ce que vous faites ! Si vous faites un site ! Servir de relais.

Au fond le travail du journaliste c'est de chercher les talents et de les faire connaître. Il y a une radio en Californie, ils passent continuellement des gens, et une fois qu'ils sont connus ils arrêtent. Ils ne les passent plus jamais, il n'y a plus besoin.

 

Comment se fait-il que les radios et télés soient généralement si inintéressantes ?

Parce que ce sont des choses du fric. Tu n'es intéressant que si tu rapportes. Philippe Delerm me racontait par exemple que les gens de la télé le font venir pour parler d'un auteur dans une grande émission. Il se déplace de Normandie, il y va, et au moment où ça passe on a coupé son intervention ! C'est l'irrespect total ! C'est des coups de pied au cul qu'ils méritent !

Tu serais lepéniste, du moment que tu fais un scoop, que t'as la langue bien pendue... Ce qui les intéresse c'est la bagarre, là-bas. La castagne.

On voit d'ailleurs beaucoup de lepénistes à la télévision !

C'est ça qui très inquiétant. Il y a des gens qui font des choses positives mais elles ne sont jamais mises en valeur. Comme avec les enfants à qui on ne dit pas "ça c'est bien".

On connait bien maintenant le fonctionnement des médias officiels. Ce qui est plus surprenant c'est de voir les médias alternatifs leur emboîter le pas, comme les radios libres qui imitent les grandes radios...

Libres surtout d'imiter les radios qui ne sont pas libres ! C'est la grande bêtise humaine. Ils ne sont pas obligés, mais ils sont snobs. Ils veulent énormément d'oreilles à leur écoute. "Oh je vais pas passer une chanson de vous, parce que vous savez, ça va décrocher". Or la poésie est une nourriture. Et les gens en ont besoin.

 

Quel regard portes-tu aujourd'hui sur les années 70 ? Étonné ? Désabusé ?

Oh non, très heureux. Mais même aujourd’hui, je ne suis pas du tout désabusé !

 

Actuellement, la France remet en question l’héritage des années 70...

Il y a eu ces interventions à cause de Cohn Bendit... C'est vrai quand tu lis des choses de cette époque là, évidemment, il y a eu des choses qui étaient acceptées à ce moment là qui ne le sont plus maintenant. Heureusement peut-être qu'elles ne le sont plus maintenant ! Je ne sais pas... Mais de toutes façons on ne peut pas revenir sur le temps, on ne peut pas regarder l'avenir dans un rétroviseur.

Pour moi c'était un très belle époque, mais ce l'est toujours ! Je suis très heureux dans ce que je fais. J'étais très heureux dans les années 70 parce qu'à ce moment là je faisais peut-être 150 spectacles par an, ici j'en suis pas loin non plus mais j'en ai moins. Mais c'est bien aussi, tu les sirotes davantage ! Tu les apprécies mieux.

 

Je suis quasiment certain qu'une partie des lecteurs de cette interview diront "Il est gentil, Julos, mais quand même quel naïf !".

Peut-être. Mais ça fait quand même pas mal d'années que je suis naïf. Je m'en trouve bien. Je suis en très bonne santé.

 

Cela veut-il dire qu’on n’a pas d’autre choix que d’être heureux ?

Il y a beaucoup de gens qui sont tristes de la situation du monde. Ils sont tellement tristes qu'ils s’en rendent malades, attrapent le cancer et disparaissent. Pendant ce temps le monde continue à être dévastateur. Si on est heureux, on peut envoyer des ondes heureuses aux autres. Tu peux voir la télévision et dire, voilà, il y a un gars qui est assassiné, je vais penser à lui. Il y a des gens qui sont mal dans leur peau, ils y a les Israéliens et Palestiniens, je vais envoyer quelque chose de mon énergie. Si tu es malade, tu envoie de l'énergie à ton propre corps. Mais si tu te laisses aller au découragement, alors tout le monde y perd.

 

 

 

 

QUE SONT DEVENUS LES BOBINEAUX DE L’AN 2000 ?

En allant chez Julos nous étions déterminés à lui demander ce qu'étaient devenus les bobineaux de l'an 2000. On ne nous y reprendra plus. Il aurait pu nous expliquer qu'à l'occasion d'une date symbolique il avait construit de nouvelles "pagodes post industrielles" ou un "trianon postindustriel", dit aussi "palais du pauvre". Qu'en empilant des petits bobineaux sur de plus gros on obtient une pagode isolée, en en disposant plusieurs en cercle on obtient un lieu magique. Il n'était pas obligé de nous inviter à aller voir sur le terrain, surtout quand le terrain en question est aussi détrempé. Encore moins obligé de nous convier à participer à l'œuvre en roulant un bobineau géant à travers champ jusqu'à sa destination future. Il faut être deux ou trois pour rouler le plus gros bobineau, qui nous bouche la vue quand on le pousse. Facile à manœuvrer pour des citadins néophytes ! Alors Julos, au moins abstiens-toi de sourire pendant qu'on sue en décollant nos pieds de la boue ! Tu aurais pu te contenter de nous dire que : « C'est un travail sur les ondes de formes. Je reviens de l'île de Pâques, aussi, où j'ai été étudier un peu ça. En mettant en rond des objets ou de grandes statues, on développe une onde de forme. Ça devient des lieux magiques. La crypte de la cathédrale de Chartres est un lieu extrêmement fort, à cause de la construction de ce lieu. En la bâtissant, les gens n'étaient pas idiots. Ils se disaient "les gens vont croire que c'est Dieu" ! Pour eux, c'est Dieu, pour moi, c'est l'univers, c'est selon ta croyance. Mais c'est la construction selon le nombre d'or qui fait que quelque chose se passe. Tu reçois de l'énergie, beaucoup. Les pagodes sont aussi des émetteurs. Tu peux te mettre au milieu et ce que tu envoie, ta télépathie, est amplifié. Comme le pendule précise la pensée télépathique, précise ce que tu penses, ce que ton corps émet avec toutes ses ondes. Mais comme o n n'est pas habitué à écouter son inconscient, on prend un pendule pour que cet inconscient se matérialise dans le mouvement du pendule. Mes pagodes sont une matérialisation d'antennes. On est bien dans cet espace, c'est différent de ce qui se passe autour. »

Les pagodes sont dans la nature, en champ non clôturé, ouvert à qui veut y aller. Une belle occasion peut-être est d'y faire un tour avant d'aller voir Julos en concert dans la grange à côté : ce sera les 7, 8 & 9 septembre, spectacles intimistes avec Barbara d'Alcantara : « En l'honneur du 9.9.1999, je voulais faire quelque chose d'immense. On attendait 999 personnes, on en a eu 2000 ! Ici je veux faire quelque chose de tout petit, minimaliste. Pour revenir aux mots, aux textes. Tourner un peu le dos à tous ces grands concerts ».

 

 

 

Le 27 juin 2001, Julos aura 20 ans depuis 45 ans. Ce jour là, il vous invite à partir de 6h50 (18h50) sur le site des pagodes à Beauvechain (Belgique). A voir, en exclusivité sur L'Interdit : la bande annonce vidéo de cet événement 

 

 

 




  Commentaires (1)
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 02-12-2012 11:10
"Mais si tu te laisses aller au découragement, alors tout le monde y perd." 
 
Oui, je le crois aussi.  
C'est une révolution non-violente de décider d'être heureux envers et contre tout, tout en gardant les pieds fermement arrimés à la réalité qui nous assiège. Il ne s'agit pas de devenir indifférent à la souffrance, au contraire, il s'agit de la regarder bien droit dans les yeux et de lui déclarer la bienveillance (au lieu de déclarer-prolonger la guerre).  
Devant de la souffrance, pas besoin de rajouter de la souffrance, de la colère, de la peur, même pour signifier sa solidarité envers ceux qui souffrent. (Tous, nous souffrons.) C'est le contraire : patiemment, en soi-même, il suffit d'écouter puis d'enlever toutes ces violences qui nous traversent. 
 
Enfin, c'est comme ça que j'essaie de faire.

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